Une crèche en bord de route

Lao Cai

Il tient parfois à peu de choses pour une belle rencontre. Ici c’est une crèche qui a attiré mon attention. Après une cinquantaine de kilomètres au cœur des montagnes pour relier Sin Ho à Lai Chô ; je repars après une pause. La route vers Sapa commence à s’élever doucement vers le premier col, lorsque j’aperçois à peine sorti de la ville, des personnes qui s’affairent pour placer des guirlandes et autres illuminations. Amusé, je regarde de plus près et vois qu’au milieu, cela ressemble comme 2 gouttes d’eau à une crèche.
Ni une ni deux, je stoppe mon vélo pour voir ça de plus près. Il s’agit bien de la crèche familiale que la famille installe au bord de la route, entre 2 camions chargés qui passent en klaxonnant. Témoignage vivant et visuel de leur Foi.
Ne parlant pas Viêt, je me fais comprendre de mon interlocuteur comme quoi je suis moi également, catholique. Il me montre dans la pièce commune la figure de la Vierge Marie et le Christ en croix, sur le mur opposé. A ne pas en douter, la providence m’appelle à m’arrêter ici et à ne pas aller plus loin en cette fin de journée.

Le vélo chargé attire les curieux, enfin surtout les enfants du voisinage, pendant que je commence à mettre la main à la pâte pour élever cette crèche – après un thé de bienvenue – ma grande taille pour ici aidant.
Cette famille voit les choses en grands et la nuit tombe, révélant un scintillement lumineux au monde, de l’Enfant-Roi.
La crèche est visible de tous, et annonce la venue du Messie, pour le coup déjà en place ici !

C’est alors que le plus grand des enfants m’explique que je dois ranger mon vélo dans leur jardin, que je peux aller prendre une douche si je souhaite et que nous allons passer à table.
Bonne surprise de voir la mère de famille m’apporter de l’eau brûlante, m’épargnant une douche froide à laquelle j’étais pourtant largement partant. Décidément je vais de surprises en surprises.
Sourires sur les visages, je ne sais qui est le plus heureux, l’hôte ou les locaux.
Grande occasion d’accueillir un étranger qui partage la même Foi, et après avoir prié, nous commençons un succulent repas, simple mais avec une viande d’excellente qualité.
S’ensuit l’explication de devoir partir pour aller prier, où ? Je ne sais mais on me met entre les mains un scooter et Madame grimpe derrière moi. Sur ses indications je me dirige vers des faubourgs mal éclairés & pavés, qui débouche en fait sur l’église ! Jamais je n’aurai pu la trouver seul, puisqu’elle est en dehors des grands axes que j’aurai pu emprunté.
Messe avec une assemblée très mélangée, à la fois des jeunes et des vieux, cela fait plaisir à voir. Les chants s’élèvent, portés par une chorale dirigée d’une main de maître par une Soeur. Assemblée priante, recueillie, et qui se déplace le soir pour assister à la Messe, alors que les journées sont déjà bien longues.
« La messe n’est pas obligatoire, elle est nécessaire » répétait le Père de Monteynard, et c’est ici que cette phrase prend toute sa splendeur.

A l’issue de la Messe, je discute avec les Pères, dont un parle anglais et un autre quelques mots de Français.
Ils sont très heureux, tout comme moi, de pouvoir parler de ce qu’ils vivent.
Difficulté pour eux d’édifier les églises et chapelles mais qu’à cela ne tienne, ils le font tout de même ! Le message du Christ doit être transmis, peu importe les contraintes. Une volonté hors du commun d’évangéliser qui force le respect.
Un foyer de jeunes jouxte l’église, et une vingtaine y sont hébergés pour pouvoir aller à l’école après 12 ans, puisqu’il n’y en a pas dans les villages montagnards dont ils viennent.
Parmi les difficultés citées par le vicaire, celle de ne pouvoir visiter la communauté catholique de Sin Ho, à une cinquantaine de kilomètres dans les montagnes – où j’étais la veille – ; que 3 fois par an. Impossible d’avoir l’autorisation d’y aller une quatrième, hormis dans les cas où un décès survient…

Je prends ensuite congé du Père qui doit vaquer à ses occupations, et moi rentrer à la maison puisque Madame qui m’accompagnait, en a terminé avec la répétition de chants. Un coup de scooter et hop, nous y sommes.
La crèche brille de mille feux & illumine la facade de cette modeste maison. C’est en tous points semblable à l’étable où le Christ est né : Une pièce commune qui donne sur la rue, la partie chambre, et au fond l’étable avec les cochons (désolé, ici pas de boeuf). Maison très simple mais joyeuse.
Les 2 garçons jouent ensemble, et un voisin semble tout content d’être présent également.
Nuit très bonne dans la maison, et à 3h30 un réveil sonne, Monsieur et Madame se lèvent. Ils m’avaient parlé de partir à 6h, je suis donc étonné. L’ainé me fait signe de continuer à dormir. Ce que je fais, mais des bruits d’un cochon me réveillent à nouveau. Mes amphitryons sont en train d’en tuer un, pour aller le vendre au marché de bon matin ! En toute simplicité, dans la nuit. En me levant vers 5h30, je vois donc de larges morceaux de cochon chargés dans des caisses, prêts à être vendus. Viande fraîche garantie !

Rapide petit-déjeuner avec un bol de nouille & quelques morceaux de la pauvre bête, puis il est l’heure de partir.
Nous nous embrassons et chacun part de son côté, sur son cheval de fer. Sauf que l’un est motorisé autrement qu’avec les jambes dudit conducteur !
Belle rencontre due à la providence, et je poursuis ma route vers Sapa, l’aube pointant encore péniblement le bout de son nez.

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