Fin de piste – être et durer

Ça y est c’est fini.

18 500km pédalés, 387 jours, des milliers de souvenirs, des millions d’images dans la tête, des communautés chrétiennes rencontrées dans les 23 pays traversés. Terminé, fermez le ban. Enfin presque. On ne ressort par indemne de ça. Deux années hors de son milieu naturel. Deux années à s’abandonner à la providence. Pas commun aujourd’hui. Pourtant c’était important pour moi, et j’ai pris ce temps.
Au mépris des conventions, mais qu’importe ! Au diable la tiédeur, à l’heure où traverser la moitié de la planète est une formalité, il me semblait important de retourner aux sources de ce chemin. Arpenter ces pistes millénaires, sur les pas des missionnaires, marchants, explorateurs, conquérants.

Demain je vais rallier Paris, la cité qui est mienne, où j’ai vécu 23 années avant de larguer les amarres pour le grand est. L’extrême Orient.
Un retour en douceur au gré des coups de pédales généré par l’année de service en Thaïlande.
Thaïlande. ประเทศไทย comme on dit. Un nom qui fait chavirer mon cœur tant il m’a marqué. Une année de bonheur, de découverte d’une culture totalement étrangère au début, à devenir ami avec des curés qui m’emmenaient dans les montagnes pour visiter ces communautés chrétiennes à la Foi si forte qui vous renvoie aux fondements de la votre.
Des journées à déguster des cafés, à travailler aux champs, à trier le café, jouer au football puisque les élèves le préfèrent aux cours d’anglais, écouter des discours interminables.
Vivre, simplement et au jour le jour, sans se poser de questions. Orare et laborate. Retour aux sources de la règle de Saint Benoît. La simplicité est un idéal de vie mille fois supérieur aux grandes théories et principes. Restons humbles et travaillons là où nous avons été placés.

En Thaïlande j’ai réellement appris à m’abandonner à l’autre et à la providence, se rendre comme “serviteur inutile” de la vie quotidienne. Difficile mais tellement important. Le bien est invisible, les erreurs sautent aux yeux. Cette exigence du bon et du beau à chaque instant dans les petites choses qui nous tire vers le haut.
J’y ai découvert que la Foi pouvait être vécue très simplement, et profondément.
En Thaïlande j’ai pu y vivre à fond mon départ routier pris un soir pluvieux du 9 août 2014. Se mettre au service humblement de ceux qui en ont besoin, sans le crier sur les toits. L’action quotidienne est tellement plus difficile que le coup d’éclat !

La route est belle car elle est un chemin. Chaque jour est différent, on ne peut que compter sur soi-même et du Christ. La providence est là à nos côtés, et au soir nous permet de déposer auprès de la Vierge Marie nos difficultés. « Mère voici vos fils qui se sont tant battus” nous disait Péguy, le pèlerin de Chartres au revirement époustouflant dans sa Foi. Tout donner, ne rien reprendre, et donner encore jusqu’au bout. Voilà ce que doit être notre leitmotiv.
La possibilité de repartir chaque jour d’un nouveau pas est l’autre trésor de la route. Mauvaise journée, pluie, énervement ? Cela ne dure jamais et chaque jour permet de se laver de ce qui nous a agacé la veille. Repartons de bonne humeur, l’esprit et le sac léger avec entrain.
Quand tout concorde à vouloir nous faire disjoncter c’est précisément là qu’il est indispensable de poursuivre, azimut plein ciel, droit devant !
Quand c’est difficile, nous sommes sur le bon chemin ! Pas de place pour les timorés, soyons exigeant avec nous-même. Impossible de me contenter d’à peu-près si je veux changer le monde. Et c’est possible à ma mesure, là où je suis. Lorsque l’on rentre dans le dur, que l’on sort de sa zone de confort, enfin commence le travail. Auparavant rien n’est fait. On se révèle à soi-même dans le froid extrême Chinois et des capacités de résistance apparaissent, insoupçonnées. Quand la lassitude guette, que les kilomètres sont lents et pénibles je suis dans le vrai. Offrir cela pour le Christ est un exultoir extraordinaire.
Et peu importe quel que soit notre idéal, tant que l’on en a un.
Ce cher petit Ambroise qui ne m’aura pas attendu pour rejoindre les anges, pardon d’avoir tardé en route, on se reverra là-haut. Dans les épreuves penser à toi m’aura fait tenir, impossible d’abandonner devant toi qui a pris un sentier direct, accroché à l’étoile, autoroute vers le ciel ; ou plutôt même fusée vers le ciel. Feu, tout droit, à fond toujours.

A la fin de cette longue piste il m’est difficile de la résumer tant elle fût riche, mais j’ai pu au moins toucher du doigt la difficulté qu’il est de conserver ce cap. Oh oui il y a des modes de vie bien plus aisés, mais qu’ils sont tristes et dommageables. Au moins en se fixant des hautes exigences on ne peut être déçu de ses actes. A 20 ans il est temps de poser des actes qui engagent sa personne intégralement et de les assumer.
Tenir la distance, en restant soi-même sans céder aux sirènes de notre époque moderniste à tout va, voici le vrai enjeu.

Les communautés chrétiennes rencontrées au long de la route m’ont permis de savourer l’immense privilège que j’avais d’être né dans un pays chrétien. Il s’agit pour eux d’une bataille quotidienne, pour moi d’un choix entre telle ou telle messe. Goûts de luxe.
Être et durer, restons comme nous sommes en tout instant c’est à dire fidèles au Christ.

La route est belle et ne demande qu’à être parcourue !

En avant, Ad Majorem Dei Gloriam !

2 réactions au sujet de « Fin de piste – être et durer »

  1. Champanhet Réponse

    Bravo ! A ceux que tu as rencontrés et qui t’ont fait grandir !
    Bravo ! à toi pour avoir tenu à la force du Saint Esprit !
    Merci ! aux événements et météos qui t’ont inspiré ces mots :

    « Restons humbles et travaillons là où nous avons été placés »
    « Soyons des serviteurs inutiles dans la vie quotidienne »
    « L’action quotidienne est tellement plus difficile que le coup d’éclat »

    Ma prière vers ceux que tu rencontreras,
    Afin qu’ils t’aident à affronter le quotidien !
    Des craintes, des joies, tu en auras sous tes pas,
    C’est un cadeau de l’Esprit que tu feras tien !

    catycatou

  2. Isabelle Réponse

    Un IMMENSE BRAVO, Paul, pour ce chemin parcouru avec le Christ, la Vierge Marie, les saints, les anges, et les frères rencontrés sur la route ! Merci pour ton beau témoignage de foi, de courage, de vie ! Bon retour à Paris, je regrette de ne pouvoir être cette après-midi sur le parvis de ND, mais je pense bien à toi !

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