Salam, un traducteur au service de ses frères chrétiens

Depuis Amman – Jordanie

En Jordanie je me suis mis au service des chrétiens avec SOS chrétiens d’Orient, qui est sponsors du projet depuis le début. Alors qu’au Liban la grande francophilie du pays n’en impose pas l’usage, les traducteurs sont en Jordanie de précieux auxiliaires sans lesquels rien ne serait possible.
Interface entre les locaux, les prêtres, les familles, les autorités même, l’équipe de traducteurs est aux côtés de SOS chrétiens d’Orient depuis le lancement il y a deux années de cette mission.
Salam est un d’eux et j’ai eu l’occasion de travailler avec lui durant la semaine passée à Amman.

30 ans, le sourire présent en toute circonstances, et de multiples casquettes pour cet Irakien de Mossoul arrivé il y a 3 ans ici en Jordanie. Avril 2014, l’Etat Islamique dévaste tout sur son passage et les Mossouliens sont obligés de fuir pour ne pas perdre la vie. C’est le chemin que choisira Salem avec sa famille. 2 frères qui sont aujourd’hui en Australie et au Canada, une sœur en Jordanie, et sa mère l’ont suivi.
L’arrivée en Jordanie est chaotique, baladé au fil des semaines dans divers endroits il parvient finalement à Amman et tente de reprendre une vie normale, mais comment le peut-on après avoir été chassé de sa Terre en quelques heures ?
Le sort des chrétiens d’Orient n’intéresse pas vraiment toutes les grandes ONG, qui plus est dans des pays où le prosélytisme est interdit et où une aide envers les chrétiens pourrait y être assimilé. Il n’en est rien, il s’agit juste de venir en aide à des réfugiés qui n’ont plus rien quelle que soit leur communauté d’origine.
Par ailleurs l’intégralité des réfugiés a interdiction de travailler, ce afin de ne pas faire de concurrence aux locaux et leur voler du travail. Cela assombri sérieusement les perspectives de s’en sortir à long terme et de se projeter dans ce pays pour y refaire sa vie. L’objectif de la majorité des chrétiens est malheureusement de quitter au plus vite le Moyen-Orient et de s’installer là où les conditions sont plus favorables. 2000 années de présence chrétienne sont balayées en quelques mois…

Par ailleurs les chrétiens sont rarement les bienvenus dans les camps de réfugiés, ce qui a pour conséquence de les disperser au milieu de villes anonymes alors que les musulmans peuvent bénéficier de l’aide humanitaire internationale organisée dans les camps qui sont plus des petites villes que des camps scouts XXL ! L’un des plus grands au monde est situé à Zattari, au nord d’Amman, accueillait en 2015 plus de 200 000 personnes. Celui d’Azraq, plus modeste (50 000 personnes) est quand à lui le premier camp de réfugiés au monde autonome en énergies. Comme quoi il n’est pas si vétuste que cela !

Revenons à Salam, arrivé ce matin encore de bonne humeur pour assister les équipes de SOS chrétiens d’Orient lors de visites à des familles de réfugiés Irakiens comme lui.
Rencontré par les premiers volontaires lors de l’implantation de la mission Jordanie, il est le plus ancien et la mémoire de la mission en quelques sortes. Sans lui, mais également Abu Sam, Rabya et les autres qui les ont précédé, rien ne serait possible.

2 années au service de ses frères chrétiens, à œuvrer avec SOS, avec parfois des travaux peu passionnant lorsqu’il s’agit de mettre à jour des fiches informatives sur les familles, traduire des informations techniques ; ou plus concrets avec des travaux dans les maisons ou l’organisation de tournois de foot pour les enfants.

La construction, c’est le domaine dans lequel Salam travaillait à Mossoul. Artisan généraliste, touche-à-tout, son œil acéré est aujourd’hui encore bien utile lorsqu’il s’agit de rénover une maison ou d’effectuer quelques travaux.
Ce qui me frappe chez lui, c’est la ténacité. Jamais il n’abandonnera, rien à moitié, et fait sienne la devise des scouts « toujours prêt ». La réponse négative n’existe pas, et ses yeux brillants témoignent qu’il est toujours possible de déplacer des montagnes.
3 années qu’il attend un visa pour partir au Canada, mais il n’abdique pas et espère là où tant se sont découragés.

Au déchirement de quitter sa terre natale, celle où sa famille vit depuis des générations, s’impose un pragmatisme nécessaire afin de pouvoir voler de ses propres ailes.
Une question le taraude : pourquoi il est si difficile d’obtenir un visa alors que l’on ne demande qu’à travailler, que nous sommes aussi persécutés, et que les musulmans en obtiennent à la pelle, lorsque l’on est chrétien ?
« Chassés de notre terre, nous n’avons nulle part où aller, nous sommes devenus persona non grata ».

C’est ce double discours, ce double visage qui m’écoeure. Pourquoi en Occident nous accueillons tant de personnes, mais jamais ceux qui ne veulent que travailler et qui souffrent le plus ici ?
Pourquoi ne travaillons-nous pas simplement à permettre à ces personnes de vivre là où elles ont toujours vécu, en les protégeant ?
Notre vision à court terme nous perdra et les perdra, ce qui est encore plus tragique.
Les chrétiens d’Orient sont nos frères, ils sont nos ainés dans l’Eglise.
Saint Paul, qui avec Saint Pierre posa les fondations de l’Eglise d’Occident à Rome, était de Tarse, en Turquie près de l’actuelle Syrie.
Tous les Saints bien connus en Occidents, les Apôtres, étaient des Orientaux.
L’Eglise a deux poumons, l’Orient et l’Occident. Sans l’un elle meurt.

Il est indispensable que nous, Occidentaux, faisons tout notre possible et pesons de tout notre poids afin de protéger les chrétiens au Levant et, pour ceux qui ne souhaitent en aucun cas revenir de là où ils ont été chassés, leur permettre de continuer une vie décente dans nos pays.

Sortons de chez-nous, renonçons à notre confort et à nous-mêmes, et agissons !

2 réactions au sujet de « Salam, un traducteur au service de ses frères chrétiens »

  1. Claire Réponse

    « Par ailleurs les chrétiens sont rarement les bienvenus dans les camps de réfugiés, ce qui a pour conséquence de les disperser au milieu de villes anonymes alors que les musulmans peuvent bénéficier de l’aide humanitaire internationale organisée dans les camps »
    Une petite précision sur ce point : de manière générale, depuis les années 1990, les réfugiés irakiens en Jordanie s’installent peu dans les camps de réfugiés, dédiés avant tout aux Syriens, et préfèrent se disperser en milieu urbain – quelle que soit leur religion. S’il y a une opposition à dresser, elle doit se faire en termes de nationalité et non de religion.

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