Regards croisés de Terre Sainte

Depuis Jérusalem

Trois semaines sur cette Terre Promise, cela fait beaucoup de rencontres. Surtout ces rencontres sont diverses, donnant autant de regards sur la Terre Sainte.
Tous partagent le même constat : c’est une grâce d’y habiter.

Cette chance de pouvoir marcher dans les pas du Christ chaque jour se retrouve dans le regard lumineux de Sœur Bénédicte, du Monastère de l’Emmanuel. Communauté Bénédictine insérée dans l’Eglise Grecque Catholique, elles sont souvent connues comme les « sœurs du mur à Bethléem » puisque le mur de séparation érigé par Israel depuis 2003 coupe leur jardin en 2. Elles sont à la frontière, sur la route de Bethléem à Jérusalem, beau symbole de lien entre l’Orient et l’Occident. Ce sont les deux poumons de l’Eglise dont parlait Saint Jean-Paul II dans son encyclique Ut Unum Sint « L’Eglise doit respirer avec ses deux poumons ! »
Mais c’est avant, en 1961, que remonte leur fondation. L’Evêque Melkite de Galilée souhaitant œuvrer au rapprochement des chrétiens, cherchait une communauté religieuse fondée avant le grand schisme de 1054, ce fût les bénédictines qui répondirent à son appel.
Leur rôle consiste à appuyer l’action des prêtres (mariés pour beaucoup chez les Grecs Catholiques) à travers le catéchisme, l’accueil des fidèles, l’accompagnement spirituel. En effet, les prêtres ayant pour la majorité charge d’une famille, ils travaillent pour subvenir à leurs besoins et leur rôle liturgique est avant tout de célébrer les sacrements. C’est une position qui rejoint dans les grandes lignes celle du diacre permanent chez les latins.

L’autre charisme des Bénédictines est celui de la prière pour l’unité des chrétiens, notamment par l’accueil des pèlerins pour qu’ils « repartent avec plus d’amour que de haine » et découvrent la beauté de cette spiritualité Orientale qui décoiffe lorsque l’on descend de l’avion provenant de Paris. C’est la parole de Saint Paul dans sa lettre aux Corinthiens « Nous sommes les membres d’un même corps ».
La différenciation des ordres contemplatifs / ouverts sur le monde / intellectuels n’existe pas en Orient. On est moine, point. Ensuite chacun va vivre sa vocation selon son appel personnel.
Cette diversité de l’Eglise est vécue au sein même du monastère avec des sœurs ayant un goût prononcé pour l’écriture d’icônes quand d’autres seront plus à l’aise pour l’accueil des pèlerins.
L’unité des chrétiens se manifeste particulièrement à la messe, avec des paroissiens latins, melkites, et orthodoxes. Cela peut apparaître comme choquant vu de France, mais parfaitement compréhensible ici en Orient. « Pour le peuple de Dieu il n’y a pas de différence ! » S’exclame Sœur Bénédicte, arrivée ici 7 ans auparavant, recevant l’appel de sa vocation en Terre Sainte. Par ailleurs, la faiblesse du nombre de chrétiens oblige à mettre de côté ses petites habitudes. Malheureusement la Terre Sainte se vide des chrétiens, dont beaucoup émigrent dans l’espoir d’une vie meilleure ailleurs. Bethléem en est l’exemple, alors que c’est le lieu de la Nativité de Notre Seigneur : 80% de chrétiens et 20% de musulmans il y a 50 ans, le ratio est aujourd’hui inversé.

L’Oechuménisme, le Père Stéphane en est un spécialiste et le vit au quotidien à Jérusalem. Franciscain, travaillant à la Custodie de Terre Sainte pour toutes les affaires liées à la liturgie, il est en contact permanent avec les membres des autres Eglises. « Il n’y a pas de lieu plus oechuménique que le Saint Sépulcre ». Et il a raison. Ici toutes les sensibilités de l’Eglise se côtoient dans une complémentarité de culture et, loin de ce que l’on aime à raconter, s’entendent très bien. La complexité organisationnelle et l’emploi du temps du Saint Sépulcre rempli à ras bord explique que de temps à autres Des Moines puissent s’apostropher d’une manière peu charitable. Mais il s’agit souvent de sacristains, portant un habit semblable à celui Des Moines, qui se tendent.
Centre du monde, c’est le lieu de rencontre de toutes les sensibilités chrétiennes, et il est préférable de s’y rendre à des heures où l’on prie plutôt que lorsqu’on le visite (la tranche 4h30 – 7h est idéale pour ça).

« L’Eglise naît véritablement à Jérusalem, au Cénacle, à la Pentecôte ». A la fois locale et universelle puisqu’elle est la seule. La Foi chrétienne possède ce trésor de s’adapter à toutes les cultures. Toutes sont baptisables.
Au Sépulcre on retrouve l’unité de l’Eglise. 2 communautés d’Orient – Syriaques & Arméniens / 2 d’Occident – Latins & Grecs / 2 d’Afrique – Copte & Éthiopiens.
« Nous sommes tous des satellites du Christ ressuscité, ce qui est central c’est la Foi du Christ ressuscité » poursuit le Père Stéphane. On retrouve ainsi une Terre Sainte Trinitaire.

En Terre Sainte il y a chaque année presque autant de pèlerins que de chrétiens locaux. Cela leur donne ainsi une visibilité immense auprès des locaux. Un chrétien seul ou presque dans son village ne l’est pas, puisque tous savent qu’il existe des millions de chrétiens de part le monde. Le poids ecclésial local est renforcé par les pèlerins.

L’Eglise locale, constituée de chrétiens Arabe, est très ancienne. Les premiers chrétiens sont de cette terre, avant d’essaimer partout dans le monde. A Jéricho l’église du bon pasteur est récente, mais le Mont de la Tentation qui domine la plaine est un site vénéré depuis 2000 ans par les chrétiens. C’est ce qui fait la force de ces lieux : la tradition chrétienne. Peut-être que tous les lieux Saints ne sont pas les bons, mais tous relèvent de la tradition, transmise de génération en génération. Et la ressemblance vivace entre les écrits théologiques et les sites traditionnellement affectés au christianisme, sont plus que réels.
A Naplouse vous trouvez le puit de Jacob (où Jésus demande à une Samaritaine de puiser de l’eau ; Jn IV, 4-42), témoignage bien ancien du passage du Christ et de la vénération des fidèles pour les lieux saints.
Un peu plus au sud, juchée sur une colline, on l’atteint après une belle côte : Taybeh. Dernier village entièrement chrétien de Palestine, il a la particularité de brasser sa bière ! Le Père Johnny, francophile et sacré personnage en est le curé. Il n’a pas vraiment sa langue dans sa poche et est très fier de son identité Palestinienne.
Israël rend la vie difficile aux chrétiens situés dans la West Bank, interdisant l’accès aux lieux Saints sans autorisations demandées au préalable, faisant tout pour qu’ils émigrent et quittent leur terre. Aujourd’hui 13 000 personnes originaires de Taybeh habitent à l’étranger, pour 1200 qui y vivent encore. C’est un drame car ce sont les chrétiens locaux qui gardent les lieux Saints, qui en ont l’identité, avec les franciscains. Le Patriarcat Latin aide beaucoup les chrétiens locaux à rester sur place, par des aides, des écoles, mais la situation difficile pour nos frères rend l’émigration de plus en plus importante.
« S’il n’y a plus de pierres vivantes, de chrétiens palestiniens, les lieux Saints ne deviendront plus rien » s’écrire le Père Johnny, avec toute la mesure qui sied aux Orientaux. Mais effectivement sans fondements locaux, nous pouvons être inquiets sur le devenir du christianisme en Terre Sainte, la récente déclaration commune des patriarches de Jérusalem nous le rappelle.

Une des missions des chrétiens de cette Terre est d’être le pont de la paix entre Israéliens et Palestiniens. Si le mur ne tombe pas, la paix ne pourra pas venir car il exacerbe les tensions. Le Saint-Siège l’a bien compris et soutien vivement la Palestine, la reconnaissant pleinement comme un État il y a 2 ans.
« Ma grande peur est de voir disparaître petit à petit ma communauté chrétienne », voilà le souci du Père Johnny. Sans chrétiens, la paix ne sera pas possible au Moyen-Orient. Or c’est ce qu’une partie des Israéliens souhaitent.

Une réaction au sujet de « Regards croisés de Terre Sainte »

  1. Hugo Garnier Réponse

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