Nouvelles du Kirghizistan – retour sur la route !

Depuis Tash-Kömur,
Le 23 mars 2017

Chers amis,
J’ai repris la route vendredi dernier, et n’ai pas été déçu. Finalement le vélo ça ne s’oublie pas, et heureusement !
Départ vers l’est (oui vous lisez bien), afin de passer dans des endroits plus sympathiques que la route directe entre Bishkek et Osh. Les paysages sublimes m’ont conforté dans ce choix. En revanche mes jambes m’ont presque lâchées le 3° jour. Déjà le 2nd jour ne fût pas de tout repos, mais que dire du 3°… J’avais l’impression d’avoir déjà parcouru 100km alors que je venais tout juste de démarrer la journée. Le vent soufflant de face à près de 50km/h et la piste défoncée n’aidait certes pas. 30km après Kochkor, je fais du camion-stop afin d’avancer un peu. Machoud m’embarque avec le vélo à l’arrière d’un vieux Kamaz (c’est le même mot pour définir la marque « Kamaz » que « camion ») époque soviétique, rustique mais robuste. Arrivé à destination, il m’invite à dormir ce soir chez lui, ce que j’accepte avec joie. La vallée de Kyzart est un véritable frigo, surtout comparé à la voisine, celle de Kochkor. Le col franchi dans des conditions épouvantables marque le début de la chute du mercure. Évidemment tout cela n’est pas comparable à ce que j’ai eu en Chine (-25°C) mais il fait aux alentours de -5°C.
Il est donc presque 15h lorsque nous arrivons à la maison, et nous passons bien évidemment à table. Suite à cela j’écrase complètement et fais une sieste pendant 1 bonne heure. M’aérant l’esprit et le corps dans les faubourgs boueux du village de Kyzart, plusieurs voisins souhaitent vivement que je prenne des photos d’eux et leur famille. Je m’exécute avec joie, tout étonné car habituellement les gens sont plus réticents ou ne montrent pas d’appétence particulière par le fait de se faire prendre en photo.

Dîner en famille où malgré la barrière de la langue nous arrivons à nous faire comprendre. Cela me fait dire qu’il va falloir songer à apprendre quelques basiques plus évolués en russe. Exténué je me couche tôt, espérant recouvrer mes forces pour le lendemain. Ce qui se passera.
C’est un phénomène assez classique que rencontrent les sportifs, surtout en périodes d’entrainement chargé. Le corps tient la charge d’entrainement, puis à un moment passe en-dessous de ses capacités à soutenir l’effort, avant de récupérer et d’augmenter le volume d’effort possible.
Cette coupure d’un mois m’a conduit exactement dans cette situation une fois le temps de la reprise arrivée.

Le lendemain, je peux donc repartir sous un soleil radieux, il fait froid mais le soleil réchauffe l’atmosphère. À vélo le temps est parfait. Je fais toujours autant sensation dans les villages traversés, les enfants âgés de 12 ans tout au plus juchés sur leurs chevaux au moins aussi grands que Bacchus me saluant systématiquement. Les plus âgés ne sont pas en reste pour autant et à chaque arrêt j’ai droit au combo gagnant de question : de quel pays tu viens ? Où vas-tu ? Mais tu devrais prendre l’avion ?!
Un élément va me rappeler que la fin de l’hiver est proche : la route vers la vallée de Suusamyr. Serpentant dans une gorge avec d’un côté la montagne majestueuse, de l’autre une rivière puissante, la route est enneigée. Rien de bien exceptionnel me diriez-vous. Sauf que la neige fond et j’ai une sorte de soupe collante dans laquelle je m’enfonce à chaque coup de pédale. 5km d’efforts immenses avant qu’au moment où j’y pensais assez sérieusement, un camion arrive. C’est la providence ! Les 2 chauffeurs se marrent en me voyant, se disant certainement « non mais il est pas bien celui-ci de venir là avec son vélo ». Ils n’ont peut-être pas tord, quelle idée j’ai eu de rentrer à vélo alors qu’aujourd’hui il existe des avions ! Niveau bonnes idées je repasserai 🙂

Ce petit coup de pouce bienvenue me permet d’attaquer cette fameuse vallée de Suusamyr de bon matin, ce qui n’est pas rien. Départ 2053m à Suusamyr ; 20km de plat sur de la glace – ce qui est fort amusant lorsque vous n’avez pas de freins car grippés à cause du froid – puis 55km de montée pour atteindre le col d’Ala-Bel, à 3184m. Jour blanc, impossible de distinguer le relief. Dernier gros col du trajet, enfin je crois. Franchi sous la neige, avec du vent et les 5 derniers km avec des passages à plus de 12%, je ne l’ai pas volé ! S’ensuit une descente vertigineuse jusqu’à Toktogul, à 998m d’altitude… 60 km de descente, et vu les pentes je suis bien content de pédaler dans ce sens !
Hier (mercredi 22 donc), c’est une succession de montées puis descentes que j’ai eu à subir. Les soviétiques n’ont pas fait dans la demi-mesure avec cette route serpentant le long du lac de Toktogul. Les pentes flirtent plus avec les 12% qu’avec les 2%, comme si cela avait été un jeu : réaliser la route la moins plate possible ! Oh non, construisons une route qui monte et descend continuellement c’est bien plus drôle. Au milieu de la journée petit intermède bricolage : une chambre à air a éclaté, et un des nouveaux pneus allemands increvables Deutsche quälitat est déchiré. 300km parcourus et déjà à devoir le changer, bravo les allemands ! Heureusement que j’avais conservé un ancien pneu « au cas où ». Comme quoi, vous n’êtes jamais trop prudent.

Hébergé chez l’habitant pour la nuit, je peux commencer ce matin juste après le petit-déjeuner par une belle côte : 700 m de dénivelé, à peine 10km. Et bien en me mettant sur le vélo j’ai ri, oui j’étais heureux de commencer par une bonne grosse côte, histoire de se mettre en appétit. Et puis comme on va lentement dans les montées on peut apprécier le paysage… Lorsqu’il n’est pas bouché comme aujourd’hui par exemple. La descente rime avec températures qui remontent et passé Kara-kul, il commence à vraiment faire bon. Le soleil est de retour, et la route continue ses facéties. Décidément cette mythique M41 est joueuse avec les jambes des cyclistes ! Des hauts, des bas, des hauts, des bas, en haut, à gauche, à droite, en bas, des hauts… La cassette et le pédalier chauffent, heureusement que j’avais procédé à un nettoyage de chaîne hier, à l’essence. Il n’y a rien de mieux pour la rendre propre comme un sou neuf.
Les km défilent et je rejoins Tash-Kömur en fin de journée. 3 barrages successifs sur la Naryn (c’est le nom de la rivière, je vous vois venir) permettant de produire de l’électricité sont la cause de cette route non linéaire. Au fur et à mesure des km la température augmente, ce qui est fort agréable après tout ce temps dans le froid. Une vingtaine de degrés à 18h, que demande le peuple !

Demain ou après-demain j’arriverai à Jalal-Abbad où il y a une communauté chrétienne que j’essaierai de rencontrer. J’ai déjà un contact, espérons qu’il soit fructueux.

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