Nouvelles d’Arménie – un pays chrétien au Moyen-Orient

Yerevan, 01 juillet 2017

L’Arménie, premier pays Chrétien de l’histoire, des monastères parsemant ses montagnes, les cols surplombant d’un a-pic vertigineux ses vallées. Un des rares point de passage que j’ai considéré comme indispensables dans ce périple.
La frontière Iranienne passée, les montagnes face à moi sont comme une barrière infranchissable. Le douanier sera un obstacle lui aussi, examinant sous toutes les coutures mon passeport bien rempli. Qu’imagine-t-il ? Un faux avec autant de tampons différents ? C’est un peu improbable tout de même. Risque inutile pour un faussaire. Non mon passeport est bien officiel et je peux recevoir le tampon d’entrée en Arménie.

Ce qui frappe, c’est la profusion de croix. Partout, au détour d’un chemin, en haut d’un col, sur le côté d’un bâtiment, au-dessus d’une source, au milieu d’une montagne. La fierté des Arméniens qui assument leur Foi sans complexe, est vraiment réjouissante. Enfin j’arrive dans un pays où le christianisme n’a pas à être mis sous le boisseau, mais est montré à tous. C’est d’ailleurs ce qui est le ciment de la nation Arménienne, et qui l’a tenue durant de nombreux siècles. Vers les VI° – X° siècles, il n’existait plus de roi, plus d’Etat. La seule autorité rassemblant les arméniens était le Catholicos, chefs de tous les catholiques arméniens.

L’Eglise Arménienne n’est pas en communion avec Rome, et ce depuis le concile de Chalcédoine en 451. Les divergences théologiques portent essentiellement sur la nature de Dieu et de Jésus. Je ne m’aventurerai pas trop là-dessus car le sujet est éminemment complexe et je ne le maîtrise pas vraiment.
Cela dit, de nombreux points sont en commun avec l’Eglise Catholique, qui travaille à un rapprochement via le dicastère pour l’unité des chrétiens.
De plus, l’Eglise Arménienne a été fondée par Thaddée & Barthélémy. Il n’y a donc pas lieu d’imaginer qu’elle ne serait pas liée au Christ !
Il s’agit donc bel et bien de frères chrétiens, avec lesquels nous avons des divergences mais cela n’empêche pas de prier ensemble. Nous sommes tous fondés en Jésus-Christ, avec des chemins différents par la suite.

Reprenons la route, et ses méandres. Un col à 2553 mètres en guise d’apéritif me met en jambes dès le premier jour. Bienvenue en Arménie ! Panorama à couper le souffle, vue sur des églises en contrebas, et au fond de la vallée des minuscules habitations, rappelant la grandeur des montagnes et la petitesse de l’homme face à cela. La descente une partie de plaisir ? Que nenni ! La route est saccadée, empêchant d’atteindre de belles vitesses d’une façon fluide alors que le pilote ne demande que cela. Le lendemain c’est un choix tactique quelque peu délicat qu’il faut faire. La grande route ou bien la petite, tortueuse, ancienne, qui escalade les montagnes ? C’est décidé, ça sera la seconde, la plus difficile. Pas de chance, la porte-bagage arrière est brisé, mais le soudeur potentiel d’aluminium n’ouvre pas boutique. Un coup de Chatterton suffira bien pour les 300 prochains kilomètres. Une route secondaire calme, grimpant sur des pourcentages que l’on qualifie ici de modéré, mais qui va rapidement se transformer en duel sanglant. Pas de place ici pour la demi-mesure. La pente s’accentue, devient brute, alors que les derniers mètres d’asphalte s’effacent. Terre, cailloux et graviers au milieu des trous d’un côté ; vélo et pilote de l’autre. La bataille peut commencer. Chaque mètre gagné a des allures de victoire, de col hors catégorie du Tour de France. Point d’économie dans cette journée, où le compteur avancera sur un rythme désespérant. Il n’est pas envisageable de renoncer, de retourner en arrière. Et puis cette vue qui se découvre au fur et à mesure sur une vallée donne de l’énergie. Nature immaculée, boisée avec simplement la trace de chemins forestiers qui lacèrent les pentes vertes d’un trait marron.
Et puis arriver au sommet, après cette difficile bataille, pour apercevoir le monastère de Tatev, bâti sur un promontoire au bord d’un a-pic de 400m, dans la lumière magnifique d’une fin de journée. Cette vision féérique efface toutes les fatigues du jour et je me laisse glisser arc-bouté sur les freins pour ne pas choir, jusqu’au chevet dudit Monastère et de son église St Pierre-St Paul où après l’avoir visité je plante ma tente.

Au réveil, la visibilité n’excède pas les 20 mètres et une pluie fine tombe par moments. Temps breton par excellence, décidément ils ne me lâcheront jamais !
Qu’à cela ne tienne, il faut bien avancer. Rien ne me sera épargné dans ce pays, et je m’attaque à cette descente vertigineuse vers le fond de la vallée dans un brouillard épars sur cette piste pourrie et bien longue. Heureux suis-je d’avoir évité la pluie avec un départ matinal, car dans la montée sur l’autre versant pour le coup asphalté, elle va se déchaîner. Obligé de m’abriter dans un hôtel où l’on m’offrira un 2nd petit-déjeuner & un thé chaud bienvenue ! Merci à ces bons samaritains, qui sont toujours là lorsque l’on en a besoin.
La suite de la journée sera identique, avec de la pluie, du brouillard, et des cols à passer. L’avantage du brouillard c’est que vous ne savez pas qu’il vous reste encore des kilomètres avant d’arriver au col, il n’y a qu’à pédaler sans se poser de questions.
Chance, providence ? En fin de journée le ciel s’éclaircit et je peux enfin sécher ! Un superbe bivouac sur les hauteurs d’un village, dominant la vallée, on ne peut rêver mieux.
Les kilomètres défilent mais dans une monotonie inexistante. La variété du relief oblige à ne pas s’endormir, et chaque coup de pédale est une bataille qu’il faut remporter. Longue descente, cela signifie surtout longue montée ensuite. Une journée où je croiserai à la suite Markus – Slovaque – ; Hervan – Suédois – ; et Mehdi – Turc. Amusant de voir des collègues, tous aussi chargés que moi, ce qui est rassurant, et motivant. De plus on récupère ainsi des tuyaux sur la route, les cols doubles (un premier col, descente de quelques centaines de mètres puis remontée vers la 2nde partie du col, un truc à vous tuer un cycliste épuisé !) ou encore les points de ravitaillement.

Belle rencontre ce soir-là, car ne trouvant pas d’endroit où acheter de quoi dîner, j’arrive dans un bourg complètement à l’écart de la route, où pas un touriste n’a dû mettre les pieds depuis la création de l’Arménie. Dans mon russe basique je me fais comprendre et trouve l’épicerie locale, où il n’y a pas grand-chose. Puis cherchant des fruits, je demande aux habitants d’une maison qui vont m’offrir de quoi être nourri pour au moins 3 jours tant ils m’en offrent ! Abondance du don, qui toujours arrive lorsque vous en avez besoin. J’ai l’impression de vivre l’évangile de la multiplication des pains. Je rejoins ensuite Erevan sur une route sans intérêt, où le nombre de voitures augmente en se rapprochant de la ville. Vive les axes déserts !
Une messe le dimanche chez les Sœurs de Mère Teresa – Missionnaires de la Charité – qui fait beaucoup de bien, la dernière remonte à près d’un mois, à Téhéran. Joie de retrouver une communauté Catholique, dans un pays pourtant chrétien à 99,999999%, ça n’est pas si aisé ! Une partie de ma famille me rejoint l’après-midi pour une semaine, et je peux voir en vrai enfin mon filleul, né il y a près d’un an. Retrouvailles qui font beaucoup de bien, une semaine riche et intense, à arpenter le pays dans tous ses recoins.

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