Mae Woei Clo, des chrétiens dans les montagnes Thaïlandaises

Mae Woei Clo. Là-bas, au bord de l’eau, loin dans les montagnes de Karenie, entre Thaïlande et Birmanie, vit une communauté Chrétienne. Mae Sod, après une nuit de bus depuis Bangkok c’est encore 3 heures de Songteo (taxi collectif pour une quinzaine de personnes) vers le nord, puis 45 minutes de 4×4 sur une piste où les dénivelés feraient passer l’UTMB pour une promenade de santé. Et encore, ces 13km ne sont accessibles en voiture que durant la saison sèche, soit durant 7 mois. Le reste du temps il y a 4 heures de marche.

Au creux d’une rivière, l’Evangile a été porté par des missionnaires. Histoire incroyable à priori, mais bien réelle de la vie missionnaire des pères MEP (Missions Étrangères de Paris) en Thaïlande.
Les Karens sont une ethnie descendue du Tibet en Birmanie il y a plusieurs centaines d’années, et présente désormais à cheval entre ce dernier et la Thaïlande. Aux velléités indépendantistes Birmanes, s’ajoute une particularité non négligeable dans cette partie du monde : Une grande majorité sont chrétiens. Protestants, Catholiques, l’influence coloniale anglais n’y est pas pour rien, mais pas uniquement. Le Père Quintard, figure tutélaire de nombreux père MEP, bâtisseur d’églises partout dans la région, y est pour beaucoup.
C’est ici une communauté vivant encore ses traditions ancestrales et avec une profonde bienveillance envers les autres que j’ai trouvé.

Ma mission avec les MEP m’envoie régulièrement dans ce village pour m’occuper d’une coopérative de tissus, fondée sur les principes du Social Business développés par Mohammed Yunus. L’objectif est d’aider le village ici, en local, en proposant des produits issus du tissage traditionnel. Ainsi, cette communauté reste unie et les familles ne sont pas séparées, permettant de vivre selon l’enseignement de l’Eglise.

Un soir, alors que la messe est annoncée pour 19h, il est à peine 18h30 lorsque la cloche retenti. Il est temps de rejoindre l’Eglise avec l’ensemble de la communauté. Habits traditionnels de couleurs chatoyantes, rires d’enfants, salutations des anciens du village… Tout montre que la messe est un évènement et pour cause : le père Alain ne réside pas ici mais à plus d’une heure et demie de route. Sa présence n’est pas continue. Alors il faut en profiter lorsque l’occasion se présente. La saison du riz bat son plein et un certain nombre de villageois sont restés dans les rizières pour travailler. Ils ne manqueront pas la messe du dimanche. Les chants s’élèvent, Kyrie, acclamation de l’Evangile. Ici ce n’est pas le prêtre qui le proclame, mais un catéchiste. Pourquoi donc cette entorse à la liturgie ? Simplement pour que les villageois puissent comprendre correctement le message du Christ. Bien que résidant en Thaïlande au service des Karens depuis 20 ans, les subtilités de la langue font qu’il est plus aisé à faire lire l’Evangile par un catéchiste que soi-même. L’Autel est dressé, mais l’assemblée s’assoit par terre. Nous restons assis pour la majeure partie de la messe, se mettre debout est ici un signe d’irrespect. Subtil équilibre entre coutumes locales et le canon romain.

L’Eglise est une, indivisible, et cette diversité est richesse. La langue est différente mais autant à Mae Woei Clo qu’à Maetowo, Rome, Paris ou Cincinnati, c’est le Christ qui s’incarne durant la Messe. C’est cela qui compte, nous avons l’immense chance de vivre notre Foi personnellement en communauté. Au milieu de nos frères chrétiens, nous avons un dialogue direct avec le Christ. Et il est présent partout, même dans le plus reculé village des montagnes thaïlandaises.

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