L’Iran, un pays pleins de surprises

Depuis Urmia

Une fois la frontière Iranienne franchie, je bascule dans un autre monde. Au revoir terres Russes, soviétisme à tout va, bonjour la Perse, les mollahs, les tchadors, la police religieuse et les multiples interdictions.
L’Iran est vraiment un pays peu hospitalier, dangereux et fermé. Les gens vous chassent de leurs devantures aisément si vous vous attardez un peu trop, et la police est toujours là pour vous enquiquiner. Ne pas envisager de discuter avec une femme, cela causerait de multiples soucis, ou encore d’imaginer apporter une vision différente de la politique.
Les Iraniens font la tête, sont tristes et renfrognés, bref un pays à quitter au plus vite et à éviter car bourré de personnes dangereuses, où l’on ne peut en plus ni boire d’alcool ni manger de saucisson !
Non je plaisante, l’Iran n’a rien à voir avec tous ces clichés largement véhiculés par les médias occidentaux, et depuis 1 mois et demie j’y coule de jours heureux !

A peine la frontière franchie, Mohammed, patron de l’hôtel qui la jouxte m’invite à me poser quelques instants et me donne quelques informations sur la région. C’est tout de même assez sympathique de sa part et donne le ton de ce pays.
S’ensuivent 2 journées de route jusqu’à Mashhad, 2nde plus grande ville du pays, et ville Sainte de l’Islam Chiite. L’imam Reza y est enterré au centre d’un sanctuaire gigantesque et qui attire 20 millions de pèlerins chaque année. Sur la route je croise 2 Norvégiens, Jostein et Truls, qui ont mis 3 mois seulement pour arriver jusqu’ici. Leur objectif est Pékin, mais dans une logique plus sportive que la mienne. Ils voyagent dans le bon sens des saisons et sont bien plus légers que moi en termes d’équipement, l’avantage d’être 2, et ainsi partager le matériel commun. A Mashhad je suis hébergé par des hôtes Warmshower : Shima et Eshan. Couple moderne, artistes, voyageurs, cyclistes, nous passons du bon temps tous ensemble.
Eshan est un sacré mécanicien qui m’aide à réviser de fond en comble mon vélo. Nous démontons tout ce qui peut l’être à l’exception du boîtier de pédalier. Désossé, astiqué, nettoyé, vérifié, remonté, ajusté ; je suis prêt à affronter le Dasht-e-Khevir, fameux désert du centre-est Iranien. La nuit précédent mon départ je suis réveillé par un tremblement de terre, rien d’anormal dans cette région mais qui surprend toujours lorsque cela arrive !
La route Mashhad – Tabas – Yazd est pour l’instant un de mes meilleurs moments de cycliste.
Des paysages à couper le souffle, à perte de vue. L’immensité de la création se révèle chaque jour avec des lignes droites de plus de 25km avant d’amorcer un léger tournant. Par moments de quoi devenir fou, mais quelle joie de contempler ces paysages changer petit à petit au fil des coups de pédales. Les images parleront mieux que les mots ; il n’y a pas grand-chose à ajouter.

L’hospitalité des Iraniens sera belle et bien présente tout au long de ces 1000km avalés en un temps record de 8 jours, ce qui m’aura étonné. L’avantage de la solitude à vélo c’est que vous arrivez à soutenir un gros rythme durant de longues heures sans sourciller puisqu’hormis vous personne ne vous modifie la cadence.
Arrivant plus rapidement que prévu à Neyshabur, il me faut trouver un hébergement, jamais évident en ville. Je rappelle Eshan qui m’avait indiqué y connaître un ami, mais comptant au départ y passer dans la journée je n’avais pas pris son numéro. Siamaki me récupère alors qu’un vendeur m’offrait un thé le temps de patienter. Ces iraniens sont un peu fous ! Je le suis jusqu’à chez lui où ses 2 neveux, son frère & sa femme m’attendent, tout heureux de me recevoir. Je suis gêné car ils font les choses en grand pour moi alors que je ne souhaiterai que la simplicité. Heureusement l’ambiance est détendue, ce qui nous permet de ne pas être trop mal à l’aise. C’est un sentiment que j’aurai régulièrement en iran, tant les locaux se plient en 4 pour vous aider alors que vous demandez un simple petit renseignement.
Une bonne nuit de repos et un bon petit-déjeuner enquillé, il est temps de repartir, les 135km de la veille ne sont qu’une mise en jambe à la suite. Mehdi, l’aîné m’accompagne jusqu’à la sortie de la ville à vélo puis me salue avant de filer à l’université.
La route s’élève et le temps s’assombrit. Un orage n’est pas loin, mais je parviens de justesse à l’éviter en entrant dans la passe qui conduit vers un cirque splendide. Les locaux postés au bord de la route pour égorger des moutons (bon appétit !) me font de grands signes en m’indiquant l’orage ! Sauf qu’un orage remonte au vent apparent, et vu l’orientation de ce dernier je ne risque pas grand-chose. Ah la météo, c’est bien pratique d’avoir quelques rudiments par moments.
La queue de l’orage me fouette tout de même et j’ai droit à une expérience tropicale. Pluie => k-way qui protège + chaud = mouillé à l’intérieur ! Heureusement ça n’est que de courte durée et je peux reprendre un accoutrement plus habituel, à savoir un simple t-shirt. La descente qui suit est délicieuse mais nécessite toute mon attention pour éviter les pièges de la route tendus par les ouvriers. Le monde du cyclotourisme en Iran est petit, le lendemain en arrivant à Kashmar un cycliste me rattrape, aidé par le fait de ne pas avoir d’équipements lourds comme moi. Ali m’invite donc à prendre un thé / petit-déjeuner chez lui, et bien que parlant à peine anglais nous arrivons à nous comprendre. Détail amusant, il connaît les gens chez qui j’ai été hébergé à Mashhad et a récemment pédalé avec Eshan.

Un soir, voulant simplement remplir des bouteilles d’eau dans un petit village, je tombe sur Mohammed, ingénieur agronome venu passer le WE dans sa belle-famille, tout à fait anglophone, et qui insiste pour que je dorme chez lui. Tout le village est au courant et au moins la moitié débarque pour voir « the crazy guy », même la police alors que je suis couché pour vérifier mon passeport !
Mohammed me donne de précieuses informations sur les réseaux d’irrigation permettant l’agriculture dans ces régions sèches. Les Khannats creusés à plusieurs kilomètres des champs acheminent l’eau dans des canaux – aujourd’hui des tuyaux – pour irriguer les champs de blés. Système millénaire et très ingénieux.

L’arrivée à Yazd est un soulagement, je peux me reposer un petit peu et réparer les rayons cassés durant la traversée de ce désert du Dasht-e-khevir. Il est considéré comme le plus chaud de la planète (enfin comme à peu près tous les déserts qui sont tous les plus chauds). Je confirme qu’il y fait chaud et que l’eau est une denrée précieuse, dont je consommais rien que pour boire 9 litres par jour.
Yazd est une ville au charme incomparable, que je ne retrouverai nulle part ailleurs en Iran. Son centre-ville de maisons en terre sèche conservé comme il y a 1500 ans lui donne un cachet fort sympathique. Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO (ce qui ne vaut pas rien), j’ai aimé l’arpenter, dans les ruelles, sur les toits desquels vous pouvez passer chez les voisins, vagabonder dans son bazar, ou dans ses jardins.
A Yazd je croise plusieurs cyclistes : Samuel / Victor & Arnaud, 3 Belges repérés sur la place principale de la ville à leurs vélos identiques et à la ribambelle de drapeaux accrochés à l’arrière de celui de Victor. Ils ont pédalé 5 mois durant en Asie du Sud-Est. Malaisie, Thaïlande, Birmanie, Laos, Vietnam puis un vol vers Téhéran les a transporté en Asie centrale où ils se dirigeront vers le Pamir ensuite, au Tadjikistan. J’aurai bien aimé rouler au Pamir mais cela ne peut se faire qu’à partir de mai, trop tard pour moi. Une autre fois !
Je les retrouverai ensuite à Ispahan, nous serons hébergés par le même hôte Warmshower : Mohammed.
J’ai croisé également Carlos, un espagnol parti de Barcelone 6 mois auparavant, complètement par hasard alors que nous pédalions dans cette vieille ville de Yazd. Forcément lorsque 2 cyclistes se rencontrent ils ont beaucoup de choses à échanger, encore plus lorsque vous allez dans les directions opposées.

3 jours à Yazd, un nombre incalculable de visites chez un marchant de tapis sans pour autant craquer pour un tapis qui me plaît beaucoup, une visite aux tours du silence – monuments funéraires impressionnants des zoroastriens – et l’escalade d’à peu près tous les toits possibles et imaginables, me voilà prêt à reprendre la route vers Ispahan la magnifique, celle qui a fait rêver tant de voyageurs et émerveillé Pierre Loti au début du XX° siècle.
Pour cela, je vais emprunter une route splendide. Après une journée sans grand intérêt et une nuit chez l’habitant, un spectacle extraordinaire va s’offrir à mes yeux. Adieu bitume, route droite, bonjour piste sableuse, relief et soubresaut du chemin. Le responsable d’exploitation de la mine située au début de la piste me demande si cette route a un intérêt particulier, ce à quoi je réponds par la négative, enfin je n’en sais rien, si ce n’est qu’il y aurait un caravansérail et qu’elle permet d’éviter l’autoroute. Prévenant, il me conseille de revenir le voir si j’ai besoin de quelque chose. Sûr que je ferai 25km en arrière si j’ai un souci, je ferai plutôt ces km en avant !
La piste n’est pas si mauvaise que cela et c’est un vrai bonheur de pédaler dans ce paysage presque lunaire, seul au milieu d’un désert de pierres et cailloux, sur cette piste pas vraiment conçue pour les vélos. Par moments le sol devient meuble et les roues s’enfoncent, il faut pousser le vélo jusqu’à atteindre un revêtement à nouveau dur pour reprendre la route. Qu’importe, j’ai le sourire au lèvre tout au long de cette portion qui figure également parmi les préférés de tout le voyage. Une trentaine de km mais quel plaisir !

Un caravansérail apparaît au milieu de nulle part, vestige abandonné de la route de la soie. Impressionnant par ses dimensions et son excellent état de conservation. J’y déjeune en compagnie de policiers dont l’activité est assez limitée puisque se cantonnant à la traque de contrebandiers la nuit. Ce sont en fait des conscrits qui passent ainsi 2 ans dans le désert, pour leur service militaire, à chasser du trafiquant. Au moins la jeunesse est au grand air !
Je récupère enfin l’asphalte peu après ce caravansérail, enfin il semble qu’il manque le revêtement supérieur de la route. A perte de vue, j’aperçois sur ma gauche un lac salé qui semble reculer à mesure que j’avance, comme s’il avait peur de se confronter à moi et mon vélo. Je le laisserai ainsi dans sa peur sans daigner lui rendre visite cette fois-ci. Le lendemain, je découvre enfin Ispahan, la ville mythique de la route de la soie, celle qui attire les voyageurs du monde entier en Iran depuis des siècles.

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