L’école Biblique et archéologique de Jérusalem

L’EBAF, ou école Biblique et Archéologique Française de Jérusalem, traduit puis édite régulièrement des livres, manuscrits et autres traces écrites dans la région. Leur best-seller ? Un livre nommé « La Bible de Jérusalem ».
Référence dans le genre, cette école fondée en 1890 par le Père Lagrange, Dominicain, a pour but d’approfondir la connaissance des textes sacrés, mais également de travailler sur des chantiers archéologiques dans la région.
Ici sa notoriété est si importante que même en arabe ou hébreux votre interlocuteur placera au milieu de sa phrase « école biblique » pour la désigner, sans la traduire !

C’est en 1882 que les Dominicains arrivent à Jérusalem, en partie sur des motifs politiques. A l’époque les grandes puissances voulaient être présentes en Terre Sainte via les congrégations religieuses. Guillaume II – empereur d’Autriche-Hongrie – fait construire la basilique de la Dormition de la Vierge sur la colline de Sion et y installe des Bénédictins. Les Anglais construisent une église anglicane dont la silhouette encore bien visible voisine le couvent des Dominicains.
1882 voit également le début des grands pèlerinages menés par les Pères Assomptionistes, des pèlerinages de réparation. Le splendide hôtel Saint-Anne dominant le quartier chrétien juste à l’extérieur des remparts fût bâti initialement pour accueillir les pèlerins.
Le Père Lecomte – OP – y participe et propose de fonder un couvent à Jérusalem. C’est chose faite en 1884, sur l’emplacement présumé du martyre de Saint-Etienne. L’idée est de pouvoir accueillir des prêtres en temps sabbatique ; mais rapidement Monseigneur Vigouroux, Sulpicien, propose de créer une école Biblique, la première du genre dans le monde catholique.

Il s’agit donc de permettre à ceux qui le veulent d’étudier les textes sacrés. Évidemment de nombreuses réticences arrivent du côté de ceux ayant peur de l’histoire mais le Père Lagrange tient bon et fonde cette école pratique. « Il y a le document, et il y a le monument ». Pratique car il s’agit de pouvoir étudier sur place les textes, qui prennent tout leur sens. La montée à Jérusalem (700m d’altitude) depuis Jéricho (-250m) n’est pas une simple image, et à vélo sous le soleil cela n’est pas une partie de plaisir !
Tous les mardis par exemple, c’est cours de topographie. Théorie le matin, puis l’après-midi tout le monde en voiture et l’on va voir ce qui vient d’être étudié en salle de classe. Difficile de faire plus interactif.
Au fur et à mesure des années l’école se spécialise, érige une église Saint Etienne sur les ruines d’une église byzantine retrouvée lors des travaux de la première, mais reste fidèle à ses racines d’étudier la source. La fondation de l’université de Fribourg répond à cela, afin d’étudier Saint Thomas d’Aquin.

Aujourd’hui la perspective est plus oechuménique et ouvre une plus grande diversité étudiante.
– Des jeunes prêtres
– Des personnes intéressées par tout ce qui est autour de la Bible.
– Des étudiants laïcs, catholiques, souhaitant approfondir la Bible.

C’est là que j’ai retrouvé par hasard mon ami Luigi, connu deux ans auparavant lors d’un pèlerinage en Terre Sainte. Ordonné prêtre il y a un an, il termine son mémoire sur le livre de Job.
L’EBAF est vraiment l’endroit majeur à Jérusalem pour étudier la Bible.

Cependant il ne faut pas oublier que cette école est avant tout archéologique, et récemment les fouilles menées en Jordanie sont là pour le rappeler.
1924, les frères Antoine Jaussen et Raphaël Savigna parcourent la Jordanie. Il s’agit d’un des premiers véhicules motorisés à fouler ce sol. S’arrêtant car une stèle semble intéressante, un frère traduit l’inscription en cristo-palestinien vers le Français et publie dans la revue biblique. 53 ans plus tard, en 1977, un étudiant de l’école – Alain Desreumaux – trouve le sujet intéressant et décide d’en faire son sujet de thèse. A 4 endroits autour de ladite pierre, sont réalisés des sondages. Les 4 tombent sur des mosaïques byzantines. Des fouilles s’ensuivent, avec la découverte de 6 églises.
En 2016 les frères retournent sur place et découvrent cette fois-ci un total de 11 églises d’époque Byzantine… Et encore tout n’a pas encore pu être fouillé, ce qui laisse présager de futures découvertes passionnantes !

Autre découverte sur lesquels les frères ont travaillé : Qumran. Ce nom ne vous dit rien ? 1947, un berger qui entend un bruit de vaisselle cassée après avoir jeté une pierre dans un ravin, toujours rien ? Les manuscrits de la mer morte ? Ah tout de même !
Les Dominicains ont travaillés pendant de longues années sur le site pour découvrir les fragments, puis les analyser mais cette dernière étape n’est pas encore terminée tant le travail à accomplir est immense ! C’est grâce à eux que vous pouvez lire une traduction de la Bible basée sur des manuscrits presque contemporains de l’époque du Christ, ce qui n’est pas rien.
J’ai eu la chance d’y aller avec le Père Jean-Jacques Pérennes, directeur de l’école, afin de visiter un site fouillé durant de longs mois d’été sur plusieurs années par les frères. L’école ayant cours pendant l’année, seules les périodes de vacances autorisaient les frères à se déplacer pour fouiller. Sous un soleil brûlant ils ont accompli un travail titanesque.

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