Le Tibet, splendeurs et grandeurs de la création

Depuis Chengdu

Le Tibet a cette particularité d’être grand. Étendu, mais définitivement grand sur tous les plans.
Sur le plan historique, politique, religieux, mais encore géologiquement et par sa topographie.
Mon appétence pour les cartes et leur lecture m’a longtemps fait rêver, à la fois impatient mais également effrayé en voyant les courbes de niveaux qui m’attendaient.

Après un réveillon à Shangri-La, en compagnie de Français ayant sillonnés le Yunnan depuis plusieurs années, une pause au spa de l’hôtel Shangri-la le lendemain après une négociation amicale avec l’employé en charge – basse saison oblige – je me remets en selle le 2 janvier, sur ce plateau Tibétain. 3200m d’altitude, et pourtant on s’y sent comme en Bourgogne au milieu du mois de janvier.
La ville de Shangri-la ne présente que peu d’intérêt en hiver, d’autant plus que le centre historique a brûlé il y a 3 ans, tout est à peine reconstruit et il manque la patine du temps. En revanche les paysages environnants sont à couper le souffle.
Grande plaine entourée de montagnes qui ressemblent plus à des collines, la neige étant désespérément absente – trop sec – ce qui m’arrange tout de même, n’étant pas équipé de chaînes !
S’ensuivent 3 journées dans des paysages extraordinaires mais où la route elle, ne m’épargnera pas !
Censée être un belle route bien praticable, je me retrouve sur un chemin caillouteux, défoncé, où je me demande si le vélo va tenir. J’attaque en fin de journée un col censé être à 4300m, mais doit me rendre à l’évidence, je ne passerai pas le col avant la nuit. Cela me retarde sur mon rythme théorique journalier mais il faut faire avec. Apercevant une petite cabane je m’y installe, allume un feu, et prépare mon bivouac pour supporter cette nuit en altitude. La veille, dormant chez l’habitant, ma bouteille d’eau laissée à côté de moi, a intégralement gelé durant la nuit… Et je suis monté de 800m environ.
Au final la nuit se passe bien, au coin du feu il fait une température correcte.
Je continue donc l’ascension du col avec un panorama fantastique s’offrant à moi. Mis à part quelques camions et un homme avec son troupeau de yaks, je suis seul.

Il est midi et je passe le col, 4301m, angélus puis je ne m’attarde pas tant que cela, la bise glacée souffle. La descente est technique. Les camions qui m’ont dépassé durant la matinée sont arrêtés, cela glisse trop pour eux et les chauffeurs doivent mettre de la terre sur la route pour avancer ! Je n’ai pas ce problème.
S’ensuit un second col à 4186, puis après une nouvelle descente, un troisième à 3789m. Il est 18h passé lorsque je le passe, le soleil se couche dans une myriade de couleurs orangées, jouant avec les nuages, mais je ne suis pas arrivé. Encore 16km de descente – sur cette piste toujours défoncée – m’attendent jusqu’au village noté sur ma carte. J’avance péniblement à 10km/h dans la nuit, essayant de traiter du mieux possible mon vélo en slalomant entre les grosses pierres qui sont bien trop régulières à mon goût.
20h, dans la nuit je rejoins le village de Ranwu et peux me restaurer. Je n’ai pas pu déjeuner autrement qu’avec quelques gateaux – n’ayant plus rien dans mes sacoches – et meurs de faim ! Heureusement le corps a des réserves pour tenir lorsque l’on est en conditions difficiles. C’est alors que la providence va se révéler encore une puissante auxiliatrice. Trouvant qu’elle m’avait un peu abandonné et encore un peu ce soir où les villageois m’indiquent vaguement que plus loin je pourrai dormir, mon bon samaritain du jour arrive.
Un grand-père me voyant errer entre les maisons traditionnelles Tibétaines m’invite à rentrer chez lui pour dormir. Mais hospitalité locale oblige, il tient à ce que je mange alors que je n’ai plus faim et suis épuisé, je ne veux que dormir ! Je fais néanmoins honneur à quelques fruits puis vais me coucher dans cette étonnante maison aux pièces surdimensionnées.
Le salon fait au moins 100 mètres carrés, 4m de plafond, mais reste désespérément vide… C’en ferait une parfaite salle de bal !
Ces splendides maisons aux murs blancs et motifs géométriques maintes fois répétés sont typiques de cette partie du Tibet, donnant un cachet extraordinaire aux paysages. La montagne n’est presque pas gâchée par des constructions cubiques en béton absolument difformes, c’est mieux !
Néanmoins le manque d’entretien est criant et ces belles demeures de loin le sont nettement moins lorsque l’on s’approche… Encore et toujours ce côté « paraître » au détriment de la réalité.

Coup du sort, à peine quelques km après avoir quitté Ranwu je croise une route flambante neuve, splendide et un panneau indiquant Shangri-la à quelques 230 km… C’est donc celle-ci qui a remplacée celle que j’ai utilisé. Certainement plus simple mais je n’aurai pas vécu ces moments difficiles où l’on se retrouve face à soi-même et où il faut avancer néanmoins coûte que coûte ! Et puis franchir ces cols à des altitudes inaccessibles en Europe, quelle chance !

Quelques jours après c’est presque le Mont-Blanc que je franchirai – 4607 m – mais à vélo sans crampons / piolets / cordes… Lorsque je réalise cela, je perçois à quel point ce pays est gigantesque.
Je roule sur des plateaux à plus de 4000m, dans une nature immense et inviolée, hostile et splendide. Les discours sont difficiles à rendre parlant, je vous laisse admirer plutôt les photos pour vous rendre compte de cela.

Arrive Litang, au bord d’une cuvette posée à 4100m d’altitude. Plus haute ville du monde et ville Sainte pour les Bouddhistes. 2000 moines étudient au monastère Chokhorling, une véritable ville dans la ville.
La fameuse G318, route qui relie Shanghai à Lhassa y passe.
J’y visite les montagnes environnantes, à pied, pour profiter du paysage et apprécier cette magnifique vue sur ce plateau encore largement préservé. Les Yaks broutent en paix, et à l’été c’est le paradis des chevaux qui galopent allègrement au gré des courses. La tradition hippique est bien présente ici !
L’hospitalité y est également toujours aussi facile et joyeuse. Traversant doucement un village à l’heure du déjeuner, un local me fait signe de venir vers sa maison. Je m’exécute et après être rentré il me fait comprendre qu’il veut que je mange avec lui ! Nous ne nous connaissons pas et je n’ai rien demandé et voilà que la providence m’apporte une rencontre pour partager ce repas. Belle joie de se laisser surprendre, le fait d’être seul et à vélo aide aussi à se faire inviter tant c’est quelque chose d’incongru pour les locaux !

Après un mois en Chine, ou plutôt dans cette immensité qu’est le Tibet, il est temps de poser ma demande d’extension de visa. A mon grand regret ça n’est pas possible à Litang mais m’y attendais quelque peu. Je file donc à Kangding mais là c’est le bureau en charge de cela qui est fermé sans explications… C’est alors la course et je me rends en bus à Ya’an, terminant trop vite à mon goût cette partie du voyage Chinois. Au moins j’ai une raison de revenir ici : Pédaler sur les routes qu’il ne m’a pas été donné de parcourir pour des raisons de timing !

La course au visa – sujet courant pour tous les voyageurs au long cours – et qui pèse parfois sur les rencontres bien plus que ce que l’on voudrait le penser.
J’ai ensuite filé à Chengdu pour le WE où j’ai été accueilli par Jean-Pierre, français résidant en Chine depuis 17 ans ! Cela fait beaucoup de bien par moments de se retrouver dans une ambiance familiale, amicale avec des personnes qui viennent du même pays que soi.
Prochaine étape, Urumqï au nord-ouest du pays où la température semble très basse !

Aller à Chengdu m’a également permis d’aller à la messe, que je n’avais pas pu avoir depuis Noël. 3 semaines sans messe, c’est long. J’ai perçu à quel point cette dernière est nécessaire bien plus qu’obligatoire. Nous en avons besoin pour vivre notre Foi et la prière personnelle est importante, mais c’est dans une communauté – Ecclesia – que nous l’affermissons. Grâce et par les autres qu’elle est décuplée.
Une église pleine, magnifique et fondée encore une fois par les MEP.

3 réactions au sujet de « Le Tibet, splendeurs et grandeurs de la création »

  1. PiR-John Réponse

    Merci Paul pour ce récit !
    Continue bien ton voyage, et meilleurs voeux pour cette année 2017 !
    Dieu te bénisse 😉
    PJ

  2. Deurbergue Réponse

    Pas eu trop le temps de te lire ces derniers temps, je me rattrape quelques minutes ce soir, histoire d’en prendre plein la vue! C’est tout bon ce que tu vis ! Merci de nous le partager!
    Père Maxime +

  3. pbablot Auteur ArticleRéponse

    MERCI mon Père, MERCI Pierre-Jean !
    Je profite de chaque instant et chaque rencontre, c’est génial !
    En UDP avec vous et pour vous.
    P.

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