Le séminaire de l’Annonciation – Bailu

Les rencontres à Chengdu m’ont conduit vers un lieu chargé d’histoire pour les MEP et l’Eglise locale. Le curé de la Cathédrale de l’Immaculée conception m’avait touché deux mots à propos de ce séminaire mais restant très évasif, c’est Jérémy – expatrié depuis quelques années – qui au détour d’une conversation m’a parlé de ce séminaire à Bailu.

Le Dimanche 15 janvier je me rends donc à la messe à la Cathédrale. Première messe depuis Noël, dans une église fondée par les MEP à l’aube du XX° siècle. L’assistance est nombreuse et je trouve tout juste une place. Mis à part un couple d’européens je ne verrai pas d’autre étrangers et pour cause, il y a une messe en anglais le samedi à 16h. Étant passé la veille sur les coups de 19h pour obtenir les horaires de messe du lendemain je l’ai ratée – bien dommage !
Les voix s’élèvent pour accompagner la prière des fidèles avec des airs connus pour l’ordinaire de la messe. Superbe d’entendre ces psalmodies et antiennes dans une autre langue que la sienne. Bien qu’ayant déjà prié ainsi en Thaïlande, cela fait toujours quelque chose au cœur. La liturgie est ici encore soignée avec les clercs en surplis blancs, un thuriféraire qui aurait besoin de quelques cours supplémentaires nous encense abondamment, presque autant que le Père lors de l’Aspergese qui n’y va pas de main morte !
A la fin de la messe le Père Jean-Paul me propose de déjeuner avec lui et nous allons dans un restaurant rejoindre une famille avec laquelle il devait initialement déjeuner. Tous sont heureux de m’avoir à table et ne parlant pas chinois, et les chinois pas anglais, le Père fait l’intermédiaire pour communiquer. Le frère cadet de Monsieur est prêtre dans une autre province Chinoise, et madame s’intéresse à mon périple avec attention. Toujours amusant de raconter ces quelques kilomètres à des personnes qui me voient comme Lapérouse, ce qui est absolument terrible pour l’ego.
Le repas est succulent, typiquement Chinois du Sichuan, mais à force de ne manger que de tous petits morceaux perdus dans des bols gigantesque au milieu de la table desquels on se sert avec des baguettes, vous ressortez avec une faim de loup ! Il se peut également que ma taille deux fois plus imposante que mes hôtes y soit pour quelque chose.
C’est durant ce repas que le Père Jean-Paul me parle de ce séminaire, anciennement actif mais désormais géré par le gouvernement, et dont le sort dans une logique de formation est encore bien flou et assez peu probable.

Le lendemain je retourne donc en arrière – en bus – pour récupérer mon visa étendu comme prévu et me mets en route vers Bailu. 2 journées dans le brouillard de pollution me seront nécessaires. Pas facile de s’orienter sur des routes qui n’existent pas pour mon application de navigation open source, mais la boussole est un bon compagnon ! 200km au milieu des champs où chaque parcelle est cultivée sans relâche. Fraises, salades, endives, pommes de terres et autres légumes pour nourrir cette agglomération. Je ne saurais dire si la qualité est au rendez-vous mais pour l’instant je ne suis pas malade !
Suivant les panneaux indiquant la ville de Bailu j’y arrive dans l’après-midi. Ayant demandé juste quelques informations à un jeune rencontré à la paroisse le dimanche précédent, ce dernier a absolument tenu à venir pour m’aider ! Il m’attend donc et c’est en voiture que nous partons à la recherche de ce séminaire qui n’est pas si loin. C’est devant mon insistance à y aller qu’il me suit, car selon lui il n’y a rien. Ayant vu des panneaux l’indiquant et ayant récupéré un dépliant touristique qui le définit comme la grande curiosité des lieux, je suis assez sûr de moi. Mais la barrière de la langue est là et les applis de traduction instantanée ne remplacent pas la pratique de la langue étrangère.
Finalement nous trouvons le Séminaire de l’Annonciation mais ce dernier est fermé, il est trop tard aujourd’hui pour le visiter. Rejoignant Bailu (3km), nous dînons puis mon ami rentre à Chengdu car il travaille demain.

Le lendemain, je me rends donc à nouveau sur les lieux et passe à côté d’un cortège funèbre. Ici la fanfare est en tête et joue à pleins poumons tandis que les enfants à l’arrière font exploser des centaines de pétards… Autres contrées autres mœurs !
Seul devant cette immense bâtisse, reconstruite les 4 dernières années, achevée il y a quelques mois pour cette seconde mouture, l’émotion me gagne.

Pour bâtir un séminaire de cette taille ici au pied des montagnes il fallait avoir un nombre non négligeable de séminaristes à former. Témoignage extraordinaire du dynamisme de l’Eglise de Chine au début du XX° siècle. Le Séminaire de l’Annonciation a été le principal lieu de formation pour le clergé Chinois jusqu’à sa désaffectation lorsque les missionnaires ont été chassés du pays dans les années 50.
Un escalier double posé sur des arches descend en arc de cercle, le corps du bâtiment repose sur une cinquantaine d’arches courant tout le long de la façade, et le toit typiquement chinois donne toute la majesté à ce lieu. Patientez, contemplez. En regardant la tête à droite vers le nord, les montagnes. Au sud la vallée qui s’ouvre au fil de la rivière. En face, l’Est et le soleil levant. Dans votre dos les jardins et le splendide pont qui enjambe la rivière, merveille de l’utilisation de pierres désormais remplacé par une réplique en béton nettement moins jolie.
En fermant les yeux vous pouvez imaginer les séminaristes se détendant au milieu du jardin ou bien rentrant à l’intérieur pour étudier.
Grimpez le double escalier, passez sous l’imposante porte au-dessus de laquelle l’inscription « Seminarium Annuntiationis » demeure et entrez dans le cloître.
Face à vous la facade de l’église, blanche immaculée, vous contemple. Le haut relief de l’Agneau immolé vous fait face. Le style gothique impressionne et détonne dans cet environnement, mais passé la surprise l’harmonie apparaît comme une évidence. Les colonnes supportant l’étage supérieur forment un cloître autour de la vaste cour, desquelles donnent les anciennes chambres et les salles de cours.
En s’approchant des soubassements vous pouvez deviner des pierres originelles, avec les motifs de croix permettant l’aération des sous-sols. Il en reste peu, ce qui en dit long sur l’état qui devait être juste après le séisme – après 50 années d’abandon de surcroit – mais montre le souci du détail qu’avaient les Pères missionnaires lorsqu’ils ont entamé la construction de cette maison. 1895 – 1908, 13 années de travaux pour bâtir là où les prêtres chinois furent façonnés pendant un demi-siècle. Chassés par le pouvoir communiste, des bâtiments à l’abandon, et puis un classement comme trésor national quelques mois avant un séisme tragique, pour être relevé par ce même gouvernement qui un demi-siècle plus tôt avait fermé ce séminaire… Le clin d’oeil de la providence ne peut apparaître comme inopportun.
Qui sait si d’ici quelques années nous n’aurons pas à nouveau d’autres séminaristes qui étudieront ici ? On ne sait jamais !

Enfin je ne vous ai pas parlé de cette Eglise. La façade toute en hauteur lui donne cette dimension aérienne chère aux bâtisseurs de cathédrales au moyen-âge. Le manque de recul pour en apprécier son ensemble fait que vous êtes déjà dans l’église alors même que vous êtes devant. Passez sous le porche et entrez. Vide et désacralisée, ou plutôt non consacrée depuis la reconstruction, les proportions choisies par les bâtisseurs l’élève. 7,8m de large, 11,95 de hauteur et 19 de long, dans un style mêlant Roman et Gothique et à l’acoustique certainement excellente. Quasiment intégralement détruite, il ne reste que quelques pans de murs sur la partie Occidentale ainsi que les linteaux de 3 portes. Tout le reste est neuf, et c’est en voyant cela que vous vous rendez compte de la puissance dévastatrice du séisme de 2008. Le vide matériel est complété par un vide spirituel. Point d’autel ni de mobilier liturgique et encore moins de Présence Réelle.

Lorsque l’on voit ces lieux vous n’avez qu’une envie c’est qu’ils retournent à leur vocation première : l’enseignement des séminaristes.

Je continue ensuite à arpenter les bâtiments, bercé par cette douce nostalgie et la pensée de ces Pères Missionnaires au tempérament de feu qui ont évangélisé ces pays au péril de leurs vies. Des bâtisseurs qui voyaient grands clair et beau, un triptyque gagnant sur le long terme.

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