Le chant du départ

Il est temps de partir, de laisser derrière moi ces montagnes de Thaïlande, ces Karens que j’ai côtoyés une année durant.
Il est temps de poser les sacoches sur le vélo, de l’enfourcher, d’enclencher la machine.
Il est temps de boucler mon ceinturon, d’ouvrir mon cœur, et de me laisser aller à la providence.

Déchirement que de quitter ceux qui sont devenu des amis, avec lesquels j’ai passé du temps, tissé des liens, ri, marché, joué.
Soulagement de me mettre en route vers ce pays qui est le mien, celui d’où je viens : la France.
Joie à l’idée de retrouver ma famille et ceux qui me sont chers. Je quitte un endroit fabuleux avec des amis pour retrouver d’autres amis.

Quelle année que j’ai vécue, si riche, si diverse de joies et difficultés, un décalage culturel extraordinaire qui m’a plongé en plein cœur de l’Asie profonde, de ce peuple Karen, un mode de fonctionnement si différent de ce que je connaissais. S’abandonner à la providence, être et non faire, par la simple présence : servir.
Que de grâces reçues, de joies offertes et avec le sentiment d’avoir si peu apporté. Et pourtant. Ce temps de volontariat était important pour moi. Oh non pas urgent, mais important. J’ai donc pris ce temps, laissé le tourbillon de la vie parisienne et ai bouclé mon sac pour l’Asie, sans savoir vraiment à quoi m’attendre. Et je n’en ai pas été déçu ! Alors si j’ai une chose à vous dire à la fin de cette année : Prenez le temps, selon vos possibilités, de vous abandonner à l’autre par son service. « Il est primordial à un moment, de faire les choses qui sont importantes, et non celles qui sont urgentes » m’a dit un jour Emmanuel Faber. Il touche du doigt ce que j’ai vécu cette année : Quelque chose qui n’était pas urgent, loin de là, mais important pour moi. Il est vrai que je n’ai pas révolutionné la vie des Karens, n’ai pas sauvé 50 enfants de la misère ou de la faim. Non. Mais la présence et le don de son temps est quelque chose d’incommensurable.
Sainte Mère Teresa aimait à dire que nous ne sommes qu’une goutte d’eau dans l’océan ; mais que si cette goutte d’eau n’existait pas, elle manquerait.
C’est exactement cela le volontariat avec les MEP, des serviteurs de l’inutilité, envoyés pour être et non pour faire, au service de ces communautés perdues mais à la Foi extraordinaire. Une fidélité au Christ à toute épreuve. Les chrétiens du Cambodge sont pour cela un exemple fabuleux.
C’est au moment de partir que je réalise pleinement l’importance de cette présence et tout le bien que j’ai pu faire.

La route sera longue, difficile, semée d’embûches. Mais n’est-ce pas ce que j’ai choisi voici 2 ans, un soir d’août ?
« As-tu songé que pour avoir accès à la route, il faut commencer par sortir de ta maison et de toi-même, renoncer à ton égoïsme, à ton confort, à ta sécurité, rechercher ce qui est difficile et vouloir vivre rudement ? » – « Oui je le. Veux »
« As-tu songé que la route ne s’arrête pas à la frontière ? Te sens-tu prêt à parcourir la distance qu’il te faudra pour rencontrer les autres ? » – « Oui chef j’y suis prêt ».

Vivre à fond, sans calcul, pour les autres, pour ces chrétiens à la vie bien plus difficile que le périple que j’entreprends.
Une vie se doit d’être donnée, sans cela il manque quelque chose. Soyons exigeants avec nous-même et ne restons pas égoïstement renfermés sur nous-même. C’est ce que j’envisage à ma maigre contribution, par ce périple à travers l’Asie puis l’Europe. J’ai choisi en toute liberté de rentrer ainsi, car cela était pour moi naturel après cette année, de continuer dans la même veine. J’en ai également la possibilité – tout le monde ne le peut pas – et bien sautons sur l’occasion, qui se représentent rarement deux fois, lorsqu’elle arrive.

Fin de mission donc, mais début d’une autre aventure, toute aussi extraordinaire que celle vécue cette année.
La diversité est une richesse et c’est ce que je vais expérimenter tout au long des kilomètres.
Grand saut vers l’inconnu, vers cette route de la Soie séculaire et chargée d’histoire. Route des rencontres par excellence, carrefour des civilisations, croyances et philosophies. Je me laisse porter par les rencontres, sans le moindre calcul.
Clap de fin et simultanément clap départ, sans temps mort. Pas de mi-temps pour l’annonce du Christ, il ne s’arrête jamais lui !

En avant, in Nomine Domini !

Une réaction au sujet de « Le chant du départ »

  1. Beatrice Abbo Réponse

    Bravo Paul ! Nous pensons à toi et te portons dans nos prières.
    Et n’oublie pas : chanter c’est pédaler 2 fois !
    B. A

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *