La découverte du Kirghizistan

Bishkek, 11/03/2017

Bichkek, capitale d’une des cinq anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale, où la seconde partie du siècle dernier a façonné l’urbanisme local. Plan de rues en damier, une roue s’y égare pour une raison mystérieuse, des bâtiments officiels en tous points semblables à l’ambassade Russe à Paris boulevard Lannes – massifs et aux arêtes saillantes – il ne fait aucun doute, je suis bien en ex-URSS.
Bien plus qu’Almaty, Alma-Ata de son nom russe, Bichkek conserve cette âme soviétique, cette vision architecturale si particulière et au charme réel. Lorsque le soleil donne, sous un splendide ciel bleu, il est fort plaisant d’arpenter les artères de cette cité. Erkyndik, Moskowskaya, Toktogul, Chuy, Manas… Autant de noms qui me sont désormais bien familiers à force de les parcourir à pied ou à vélo, à toute heure du jour et de la nuit.
Arrivé sous une pluie glaciale, dans la nuit, j’ai pu apprécier au long des dernières journées à quel point Bichkek est une ville où il fait bon vivre. Un déjeuner en terrasse, au soleil, et hop ça repart !
Premier endroit où je m’arrête vraiment depuis 3 mois, et où ce fidèle mange-poussière va se faire intégralement désosser avant d’être remonté avec de nouveaux pneus apportés par un ami de passage dans la région – merci Aldric et désolé si l’encombrement t’a surpris ! – ainsi qu’une nouvelle chaîne. Nettoyage intégral, qui 1 semaine après n’aura servi quasiment à rien tant la neige fondue aura sali à nouveau mon fidèle destrier.
Le freins sont presque réglés, cela semble être un running gag que d’en avoir continuellement un qui joue les indépendantistes à ne vouloir fonctionner que lorsque bon lui semble.
Les jours passent et après le repos, le bricolage, les passeports ne sont pas prêts et je m’embête. Du coup je m’en vais dans la montagne pour skier, à Chamburchak. Impossible de trouver des skis de randonnée + chaussures à louer dans ma pointure pourtant tout ce qu’il y a de standard, 47 1/3. C’est fort dommage car le potentiel du pays est assez incroyable et la neige d’une qualité exceptionnelle. Cela change des hivers quelque peu pourris de ces dernières années en France.
Lorsque les fonctionnaires de l’ambassade ont enfin reçu les passeports expédiés par valise diplomatique – soyons sérieux quelques instants – ils m’avertissent et je peux passer les chercher. Le voyage vers Almaty pour les récupérer s’effectuera en voiture diplomatique, un oncle éloigné travaillant à Bichkek me proposant de m’emmener. C’est beaucoup plus rapide ainsi de passer les frontières, vous doublez tout le monde et les douaniers sont bien moins soupçonneux !
Merci Raoul pour ces bons moments !

Accueilli chez des étudiants français rencontrés sur les pistes de ski au Kazakhstan, nous passons une bonne soirée et nous disons à bientôt au Kirghizistan, puisque je suis parti pour y rester encore quelques temps !
De retour le lendemain à Bichkek, je peux commencer le marathon des visites aux consulats. Pas de chance, la procédure de visa en 24 heures pour l’Iran n’a plus court, et je dois passer par la procédure standard de lettre d’invitation par une agence… 50$ plus tard et un « cela prend entre 5 et 15 jours », qui me donne donc une précision extrême, je me rends au consulat Ouzbèk. Là, la préposée aux visas – aimable comme une pierre tombale – me signifie de revenir le lundi suivant. Ouf, celui-ci ne prendra pas trop de temps et a été facile à obtenir.
Je croise au consulat Emile et Nicolas, 2 amis qui ont décidé après leurs études à l’ESC Toulouse, de voyager un peu avec un petit défi : pas de transports en commun. Un aller simple pour Djakarta – Dja ka rta je vous dit professeur Tournesol ! – plus tard, ils commencent à rentrer en stop. Beau défi car c’est souvent décourageant lorsque personne ne s’arrête ou ne vous comprend. Leur choix de ne pas s’équiper en autonomie lourde comme moi, les oblige à dormir chez l’habitant dès que la température s’approche de 5°C. Ils me confirment que la Chine fût difficile sur le plan de l’hospitalité.
Partant pour Karakol le temps que leur visa ouzbèk soit prêt, nous nous disons peut-être à plus tard sur les routes de la soie.

C’est le moment que choisi mon vieil et fidèle ami Jean-Baptiste pour arriver. Un texto la semaine précédente pour lui proposer de me rejoindre, et le voilà qui arrive directement de la ville lumière pour une semaine en Asie centrale.
De très bons moments passés ensemble, qui font du bien au moral après 1 an et demi ou presque loin de ses proches. Nous partons pour Karakol en minibus, sous une brume épaisse qui cache à peu près tout ce que nous pourrions envisager d’admirer comme paysage. C’est dommage car le soir nous retrouvons Jenny & René pour un verre, qui ont eux pédalé jusqu’à Karakol sous un soleil éblouissant, nous montrant des photos splendides du lac sous le soleil. Soleil mais froid, le mercure a flirté avec les -15°C un matin, bien qu’il y ait du soleil. Le lendemain, avant de partir vers le chalet où nous passerons 4 jours, nous visitons l’église Orthodoxe de la Trinité. Toute de bois construite, au charme certain, cet édifice est le témoin des turpitudes du dernier siècle. L’église primaire en pierre fût détruite par un séisme en 1894, et une nouvelle édifiée en bois. C’est l’actuelle. Les bolcheviques la brûlèrent partiellement et l’amputèrent de ses 5 coupoles. Les soviétiques ne firent guère mieux, l’utilisant comme salle de réunion. Ça n’est qu’en 1989 que l’église de la Trinité fût redonnée à l’usage des fidèles, restaurée, en conservant le corps du bâtiment qui a déjà bien vécu. Le bois extérieur l’atteste. En 1997 le patriarche Alexis II vint pour consacrer l’édifice et un clocher fût adjoint, avec les 5 cloches traditionnelles Orthodoxes furent installées par des sonneurs Russes de Zagorsk et Sergueï Possad.
Quand nous entrâmes, la messe était en train d’être célébrée. Beauté de cette liturgie où le chant occupe une place prépondérante, rappelant les offices des bénédictins, qui du fond de la nuit psalmodie dans un rythme lent et majestueux pour chanter la Gloire de Dieu.
La lumière entrant par les fenêtres habilement disposées, illuminait l’édifice étonnamment bas de plafond, mais aéré.

Après avoir pris le temps d’écouter cette liturgie étrangère à nos oreilles, nous quittons Karakol pour Kyzyl suu, à quelques dizaines de kilomètres vers l’Ouest. C’est là notre point de départ vers la vallée qui sera notre repaire pour quelques jours. Le sac de provisions à monter vers le refuge nous est remis, au bas mot 15 kg. Heureusement pour Jean-Baptiste et moi-même, un cavalier qui surgit hors de la nuit, court vers l’aventure au galop ; et notre chauffeur lui remet le sac de provisions à convoyer jusqu’à un point intermédiaire. Car oui, la voiture ne peut monter jusqu’au refuge, depuis le dernier village il y a 3 heures pour monter à pied jusqu’à 2500m d’altitude, dans la neige. Bonne nouvelle car après une heure, nous arrivons à mi-parcours et nous allons changer de moyen de transport. Le couple qui vit là-haut a profité de notre venue pour faire faire des courses à monter, ce qui explique le poids des provisions à convoyer – ça n’est pas uniquement pour nous – et monsieur nous attend à mi-pente avec 2 chevaux pour monter la seconde partie.
Amusant de chevaucher dans une forêt blanche, au milieu de nulle part, des canassons plutôt dociles mais affamés, profitant de chaque instant de répit pour manger quelques branches de sapin. Chargés comme jamais, ils nous ont vaillamment monté jusqu’au chalet. Nous découvrons ce dernier presque par surprise, logé au cœur de la vallée de Chong Kyzyl Suu. Il est une invitation au repos ou à l’escalade sportive.
Les montagnes qui l’entourent semblent un paradis pour les grimpeurs, et la neige à perte de vue jusqu’aux sapins nous enchante. L’épaisse couche de neige nous posera quelques soucis dans les jours que nous passerons ici, même avec les raquettes nous aurons d’immenses difficultés à avancer. La neige est composée de tous petits cristaux qui ne s’agglomèrent pas ou peu. La portance est ainsi quasiment nulle et vous vous enfoncez de 20 à 40cm à chaque pas. Heureusement que le premier jour nous trouvons des traces de pas sur lesquelles nous nous fixons bon an mal en, ce qui est un sacré coup de main.
Les paysages sont fantastiques et une invitation à la contemplation, les photos en témoignent et sont de meilleurs exemples que ma plume.
La vie en refuge c’est aussi les dîners à 17h, des nouilles sauce tomate servies au petit-déjeuner, des pic-nic avec des boites de conserves mystères (c’était donc des sardines à l’huile), ou encore des idées un peu amusantes que d’aller se baigner dans la rivière attenante. L’eau était à 2 ou 3°C tout au plus, descendant directement du glacier. Cela fait du bien mais il ne faut pas que la plaisanterie dure trop longtemps, on est bien en dehors également !

Après 3 journées complètes passées en montagne, il est temps de redescendre à pieds, sous la neige. Heureusement que nous n’avons pas eu de chute de neige durant les 3 journées là-haut, cela nous aurait compliqué la tâche pour les promenades, mais rien ne nous est impossible.
Trajet vers Bakonbaieva en marshroutka, minibus optimisé au maximum, faisant office de transports en commun. La vue le long du lac est splendide. Le bleu éclatant contraste avec le jaune orangé des steppes, revenant doucement à la vie après un hiver qui a bien duré 6 mois. Les chevaux et vaches paissent tranquillement sous la surveillance de leur berger, des ouvrier travaillent ici et là.

A Bakonbaieva nous retrouvons Alaezai – notre guide – pour une randonnée à cheval durant l’après-midi. Parlant anglais très correctement, la communication s’en trouve facilitée par rapport aux derniers jours où nous sommes vite arrivés aux limites de notre Russe. Mis à part il y a quelques jours, je n’étais pas monté sur un cheval depuis plus de 10 ans, et bien je ne suis même pas tombé ! Amusant de voir à quel point les chevaux gravissent la montagne avec aisance mais pour qui la descente est amplement plus difficile. Nous montons jusqu’à 3000m d’altitude, avec une vue panoramique sur le lac Issy Khul à couper le souffle. Vu l’endroit nous rebaptisons ledit lac « Ici c’est vraiment trop cool » et cela donne furieusement envie de revenir en été lorsque la température est plus favorable. D’ailleurs tous les locaux nous l’ont dit, l’été est bien mieux que l’hiver ici, hormis pour le ski ! Il n’y a que moi pour choisir de traverser tous ces pays aux pires moments…
Cette après-midi à cheval est un bon moment, mais nous sommes tout aussi heureux lorsqu’il est temps de descendre du cheval. Tornado et canabis peuvent rentrer à l’écurie, tout comme nous.
Le lendemain retour à Bichkek, passage au bazar d’Och où nous faisons quelques emplettes estampillées URSS.

Une bien belle semaine avec mon fidèle ami Jean-Baptiste, merci à toi d’être venu me retrouver et partager quelques jours de mon quotidien.

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