Gagnez les hauteurs

Depuis Lao Cai

Il existe toujours 2 chemins pour se rendre quelque part. Mais arriver à destination est-ce là le véritable but du voyage ? Non, le chemin emprunté façonne l’Homme et lui fait découvrir une région, un pays, un continent, sous un regard différent selon son moyen de transport et la route choisie.
Art millénaire que de dresser les cartes, oeuvres d’art fabuleuses qui me fascinent depuis des années. Étudier un itinéraire, penser à ces géomètres, topographes, qui ont procédé à ces relevés, il est des choses que l’on peut pratiquer sans se lasser. Jouer avec les courbes gracieuses dessinées sur ce relevé, imaginer cette réalité en fermant les yeux. Voilà ce que l’on peut appeler l’art de la topographie.

Au Vietnam, j’ai essayé de le pratiquer ainsi que je m’y plaît tant, mais faute de données précises, j’ai dû m’en remettre à l’interprétation des virages sur les cartes. Pas d’informations d’altitude mais une route qui serpente en lacets ne doit pas être aussi plate que la Sologne. Qu’à cela ne tienne, il s’agit de s’abandonner à la providence ! L’eau coule de la montagne, j’ai quelques provisions, de quoi dormir à peu près partout pourvu que j’ai de l’espace, je ne peux donc avoir peur d’escalader ces montagnes.
Et puis choisir la face nord, la voie difficile procure tant de joies une fois vaincue, le sommet enlevé, pour contempler la vallée et les centaines de mètres gagnés vers le ciel.
Choisir la route difficile, c’est renoncer à la facilité de se contenter d’arriver à destination, c’est aller puiser au fond de soi-même la volonté de continuer. Un acte posé ne se reprend pas.
Choisir la route difficile, c’est suivre ces mots du Saint Pape Jean-Paul II aux jeunes de France au Parc des Princes un soir de juin 1980 « gagnez les hauteurs ».
Choisir la route difficile c’est élever son âme en se débarrassant du superflu, aller à l’essentiel.
Choisir la route difficile, c’est grandir.

En Chine, ce sont des cols à 4000m qui m’attendent, des routes dans les contreforts de l’Himalaya, sur le plateau Tibétain. Mais pourquoi aller poser mes roues là-bas ? Quel intérêt à faire cela ?
Déjà celui d’aller rencontrer ces communautés catholiques, fondées depuis longtemps par des Pères MEP.
Et puis celui de ne pas rester dans mon confort. Que la route serait ennuyeuse si je n’allais que là où c’est facile, sans embûches.
« Gagnez les hauteurs », il s’agit de le comprendre au sens propre mais aussi au figuré. Élever son âme en s’abandonnant à la providence et à l’inconnu, pour mieux servir les autres.
Aller mettre la lumière à la vue de tous et non sous le boisseau, pour éclairer le monde.
Le chemin emprunté compte tout autant que la destination, et en allant rouler dans ces conditions difficiles – où vivent des personnes depuis des générations cela dit – je forgerai mon caractère encore un peu plus.
C’est aussi se donner les moyens d’aller à la rencontre de frères chrétiens par soi-même, en donnant de ma personne, pour ainsi encore mieux recevoir les rencontres. L’attente suscitée par une difficulté à vaincre lui donne une autre saveur.
Oui il est possible de se poser en hélicoptère sur l’Everest, mais l’alpiniste qui aura patiemment gravi la montagne sait, lui, que ce sommet n’a pas la même saveur pour lui et que ses efforts sont récompensés à juste titre.

« Gagnez les hauteurs », donnons-nous les moyens de nos ambitions, qui doivent être hautes. Rien n’est impossible, la volonté ainsi que la préparation sont les 2 pierres angulaires de la réussite. Soyons exigeants avec nous, avec les autres, pour nous faire grandir. Faisons grandir notre Esprit, développons notre capacité à écouter, à choisir.
Et choisissons le vrai, le beau.
La difficulté ne doit pas être un frein mais justement un signe d’encouragement. Qui n’a jamais eu le goût amer une fois de ne pas avoir été plus ambitieux au départ.
Halte à la médiocrité, allons de l’avant malgré les difficultés qui nous attendent, et mettons cette confiance dans le Christ qui nous aidera. Il ne déçoit jamais lorsque l’on met sa confiance en lui.

Et puis n’oublions jamais non plus que c’est aussi dans les petites choses du quotidien que nous pouvons gagner les hauteurs. Guy de Larigaudie, routier légendaire qui réalisa la première liaison routière entre Paris et Saigon, nous disait « Il est aussi beau de peler des pommes de terre pour l’amour du Bon Dieu que de bâtir des cathédrales ». Humilité extraordinaire et à appliquer dans notre quotidien. Les hauteurs se gagnent chaque jour, au quotidien, dans les tâches les plus simples.

En Avant, In nomine Domini !

Une réaction au sujet de « Gagnez les hauteurs »

  1. Maman Réponse

    quelle leçon de vie à recevoir de son fils : humble et fière maman!! bravo fiston, continue à grimper…

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