Arrivée Romaine

Rome le 18 novembre

Rome, la cité éternelle, siège de la papauté, là où Saint Pierre édifia l’Eglise.
Pas vraiment au programme au départ, tout comme Jérusalem ; mais bon je ne suis plus à un détour près.
Aller saluer le Saint Père, présenter les intentions de tous les chrétiens rencontrés sur la route, prier pour eux et tout ce chemin accompli. Une nuit dans le ferry entre Dubrovnik et Bari – dans les Pouilles – me rapproche encore un peu de la France. Le soleil en arrivant sera trompeur.

Les derniers jours pour y arriver sont difficiles, pluvieux, venteux, froids. C’est justement signe que je suis au bon endroit.
Comme souvent, c’est en frappant aux portes que je me rends compte de l’impérative nécessité de l’ouvrir nous aussi aux pèlerins qui passent.

Un passage à Monte Cassino là où St Benoît fonda l’ordre Bénédictin, est une mise en jambe pour Rome et les multiples grâces qui m’attendent.

« En quête d’autres cieux
rouleux aux pieds poudreux
ce soir chez le Bon Dieu
Frappez les gueux »

Le Père Doncoeur avait vu juste encore une fois.
Continuer à demander l’hospitalité, un coin où planter sa tente. Les habitations se font nombreuses, pas évident de trouver un coin tranquille. Avoir confiance, et après chaque refus s’accrocher au fait que la porte suivante s’ouvrira. C’est ce qui se passera au milieu de la campagne italienne dans un petit village.
Les boulangers, Francesca et son mari, m’accueillent avec leur Cœur immense et débordant de charité. Pizzas faites maison tout juste sorties du four, comme le bon pain, après 3 jours de pluie cela fait du bien ! Ils iront même jusqu’à me prêter non pas un bout de carrelage pour dormir mais un studio qu’occupe habituellement leur fils lorsqu’il vient leur rendre visite. Quelle générosité !
Une bonne nuit de sommeil plus tard, je continue la route vers Rome, toujours sous un ciel alternant le gris, la pluie, et le soleil. Les collines sont un plaisir à parcourir, ne permettant pas de s’abandonner à la routine.

La facilité n’est pas ma tasse de thé, et ces petites épreuves renforcent la joie en arrivant sur cette place Saint Pierre encore baignée par un timide soleil de fin d’après-midi.
Au bout de la via Della Conciliazione apparaît cette façade si connue de la Basilique Saint Pierre.
Enfin, après 16820 km pédalés, me voici là où Saint Pierre fonda par son martyre, l’Eglise Romaine.

Séance photo et discussion avec des jeunes de l’ESM, Emmanuel School of Mission, présente sur la place pour un temps de témoignage avec les passants. Cette école d’évangélisation créée et gérée par la communauté de l’Emmanuel permet à des jeunes du monde entier de consacrer une année de leur vie à l’évangélisation et à leur formation personnelle.

Je file ensuite au séminaire français pontifical où Will, un ami diacre du diocèse de Monaco ordonné pour les MEP, m’attend et m’accueille pour la semaine. Président du cyclo-club du séminaire – les roues d’Ezechiel – Will a annoncé ma présence à toute la communauté, ça met la pression. Alors qu’eux étudient la théologie, l’exégèse, la théologie du corps, la liturgie, ou encore bien d’autres spécialisations, je ne fais que du vélo. Bien plus facile, mais moins courant ici à Rome.
Un combo parfait adoration / Vêpres / apéro / dîner avec les autres séminaristes & prêtres MEP me fait entrer dans la vie communautaire de ce séminaire. J’y rencontre notamment Alexis Balmond – MEP – ordonné pour aller servir en Chine dans les régions où j’ai passé Noël. La vue des photos l’enchante, tout comme celles de Mae Woei où il a passé une année comme volontaire avant de rentrer au séminaire. Le monde est petit, et cela me replonge une année auparavant dans les montagnes de Karenie libre indépendante et fière.

Samedi matin le réveil sonne bien tôt et pour cause, je me rends à St Pierre avec quelques séminaristes et prêtres pour assister à la messe dans La Chapelle Clémentine, située juste en dessous du Baldaquin du Bernin, à 1m de la tombe de St Pierre. Rendez-vous à 6h30 dans la cour du séminaire pour enfourcher nos bicyclettes et rallier le Vatican. Privilège d’arpenter les rues romaines au petit matin lorsque la ville s’éveille doucement.
La liturgie me fait un beau cadeau en ce jour de la fête de la dédicace des Basiliques St Pierre et St Paul hors les murs. La première lecture relate l’arrivée de St Paul à Rome, encore une fois je suis sur les traces de mon Saint Patron.
Cette semaine Romaine commence fort !

En fin de journée je retrouve le Père Derlincourt, ancien vicaire de la paroisse St Michel des Batignolles, en pèlerinage pour le WE avec des pauvres, invités par le Pape pour la journée mondiale des pauvres. Ni une ni deux, il me donne rendez-vous pour le lendemain afin d’assister à la messe Pontificale dans la basilique St Pierre puis de partager le déjeuner avec François. C’est noté, je serai à 7h30 sur la place pour entrer dans la basilique avec ces frères, les véritables riches de l’Eglise.
Une belle messe, où le pape annonce la couleur. « Dieu n’est pas un contrôleur des billets non compostés, il est un père à la recherche d’enfants à qui confier ses biens et ses projets ».
« Le serviteur ose par amour, il omet seulement une chose, ce qui lui est utile à lui. Voilà l’omission juste »

Nous nous dirigeons ensuite vers la salle Paul VI où des tables ont été dressées afin d’accueillir 1500 pèlerins invités par le Souverain Pontife. Son visage radieux lorsqu’il pénètre dans la salle est une belle manifestation de cette réalité : les richesses de l’Eglise ce sont ses pauvres, tel que Saint Laurent l’avait présenté aux romains.
Gnoquis, polenta, tiramisu, un très bon repas dans une ambiance bon enfant, le curé de la paroisse St Pierre recevant des amis pour le déjeuner dominical.


Les participants sont heureux d’être là, simplement, et cela fait plaisir à voir.

Quant à moi j’essaie aussi de réaliser ce qui m’arrive. Je n’ai rien demandé, et grâce à la providence je me retrouve à déjeuner à quelques mètres du Saint Père avec des gens au parcours bien plus cabossé que moi. Deo Gratias.
Chance immense, et la proximité de François montre à quel point les « princes de l’Eglise » sont au service des plus faibles. Chef, c’est à dire serviteur.

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