En route vers les autres stan !

Bichkek

Le Kirghizistan, pays montagneux et aux sommets innombrables, aux chevaux sauvages des montagnes, aux aigles chassant continuellement pour se nourrir… Et ce carrefour des voyageurs sur la route de la Soie.
Après 10 jours à Almaty, je file désormais un peu plus à l’ouest, me rapprochant de Paris. Le nouveau passeport n’est toujours pas prêt mais je tourne en rond, la route me manque, alors faisons-la !
La mauvaise passe avec la roue tordue est derrière moi, je vais pouvoir me trainer jusqu’à Bichkek où je prendrai le temps de bricoler, réparer, puis faire passer une grande visite à ce fier mange-poussière.

Une bien belle rencontre par hasard – mais je dirai plutôt providence – de cyclistes Kazakhs et Allemands, m’a montré que je n’étais pas le seul olibrius à pédaler par ces températures dans ces régions.
Roulant un soir dans Almaty, après un dîner-débat avec des jeunes professionnels à la prélature de l’Opus Dei, je me fais soudainement aborder par Vitaly et Leo, père et fils, à vélo. Surpris et heureux de discuter un peu avec eux, ils m’apprennent qu’ils ont rencontré la veille deux cyclistes allemands provenant de Chine. Seconde surprise, il y a d’autres cyclotouristes en hiver.
Nous échangeons nos numéros de téléphone et nous disons à très vite, c’est à dire au lendemain.
En fin d’après-midi, après avoir visité les Soeurs de la Charité puis assisté à la Messe, je retrouve Jenny, René, Vitaly et Leo pour un apéritif. Forcément, lorsque des cyclistes se retrouvent, ils ont pleins de choses à se dire. Qui plus est lorsque vous n’en avez vu aucun en 2 mois et demie. Joie réciproque de trouver un autre hurluberlu ayant trouvé amusante l’idée de pédaler en plein hiver par -20°C. Cela nous réconforte et avons tous les 3 la même réaction : je vais pouvoir rassurer maman quant au fait de pédaler en hiver !

Je reste une journée de plus à Almaty puis le lendemain pars vers Bichkek. A la fin de la journée de vélo, surprise d’apercevoir Jenny et René à l’horizon. Je les rattrape et après quelques kilomètres nous trouvons un endroit pour bivouaquer.
Il fait plutôt bon et la neige ne nous dérange guère pour planter nos tentes. Face à nous les monts Tian s’endorment dans une clarté douce, annonciatrice de beau temps. La lumière fantastique du réveil nous dévoile un panorama somptueux, la neige immaculée des prairies précède les montagnes blanches qui se terminent dans les nuances grises des roches pelées par le vent. Le mercure est si haut que cela nous étonne tous les 3, et permet de nous cuisiner un petit-déjeuner de Rois.
Porridge, fruits, noix, pain et miel, café ou thé… Nous sommes à l’épicentre du kiff ou ad minima proches.
Souhaitant arriver le soir même, et pédalant à un rythme nettement supérieur à celui de mes compagnons de route, je m’échappe tel un Christopher Froome dans l’ascension du Tourmalet, la piqure en moins et les kilos de bagages en plus. Nous nous disons rendez-vous le lendemain car notre point de chûte est le même à Bichkek.
Un petit col à 1300m passé, je m’amuse à battre mon record de vitesse sur le plat : 61,6 km/h ! S’ensuit une descente vers la frontière dans un paysage blanc où les collines semblables à des vagues reflètent une mer de neige infinie.
La générosité des locaux est excellente pour le moral, vous offrant une plaquette de chocolat en vous voyant avec tout votre bazar sur le vélo !
Un passage de frontière express plus tard (1 minute 30 côté Kazak, 40 secondes tout au plus côté Kirghiz), me voici dans ce pays montagneux aux hivers de glace et paradis des fous de ski de randonnée. Je rallie Bishkek en arrivant dans les embouteillages puis la pluie qui me souhaite la bienvenue, première après 5 mois ! Heureusement la maison de Nathan et Angie est chaude et chaleureuse. Ils accueillent des cyclistes depuis de nombreuses années ici, surtout l’été où il n’est pas rare d’en avoir une quinzaine simultanément, campant pour la plupart dans le jardin et bricolant leurs montures dans la journée. Nathan a voyagé pendant 6 années à vélo autour du monde… Autant dire qu’on se sent tout petit à côté avec ses 3 mois et 4500km !

Repos, visite de la ville, de son Osh bazar, et surtout passage à la Cathédrale St Michel dimanche pour la messe.
Cela sera l’objet d’un article à part mais j’y ai tout de même trouvé une messe en anglais, dans un pays qui ne compte que 500 catholiques pour 5 millions d’habitants, c’est une belle richesse !
Ferveur et fidélité, les 2 adjectifs qualifiant le mieux cette communauté chrétienne, mais chut c’est pour bientôt.

A Bichkek, j’y retrouve un ami, de passage pour quelques jours et qui m’aura servi de chameau-coureur afin d’acheminer des pneus increvables, difficiles à trouver ici. Merci à ceux qui ont permis de m’achalander car c’est une pièce critique du vélo ! Providence extra tout de même, que de retrouver un frère routier au milieu de l’Asie centrale par une soirée d’hiver.
A Bichkek vous êtes entourés de montagnes, qui ne font que vous inviter à les rejoindre pour tracer quelques virages dans une neige fraîche. Difficile d’y résister, je cède une journée, sans regrets même si cela manquait de dénivelé global. Une idée à conserver : revenir un hiver pour 10 ou 15 jours de ski de randonnée. Avis aux amateurs !
Le vélo demande également de l’entretien et je démonte tout ce qui peut l’être.
Dérailleur, freins, porte-bagages, selle, roues, rayons des roues, pneus, chaîne…
Un bon coup de brosse, des rayons changés, les roues ajustées, la chaîne changée, l’ensemble huilé ; je suis prêt à repartir.
Mais pas tout de suite, d’abord il faut retourner à Almaty chercher le passeport qui est enfin prêt, et demander les visas pour l’Ouzbékistan, le Turkménistan et l’Iran. Autant dire que je ne suis pas encore reparti !

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