Dali, une montée vers Noël

Dimanche 18 décembre 2016.

De bon matin, je me dirige vers l’église de Dali. Splendide édifice fondé par les pères de Betharram qui – comme les MEP – ont évangélisé ces contrés. C’est même une cathédrale, qui n’a pour autant pas d’évêque titulaire, le conflit entre Rome et Pékin à ce sujet rend la nomination des évêques suspendue depuis de nombreuses années.
La messe commence, mais surprise, pas de prêtre ! Ce sera donc une ADAP (Assemblée Dominicale en Absence de Prêtre), assez peu commun en France mais bel et bien prévu par le canon romain. Dirigée par une Soeur Bénédictine Missionnaire, les chants chinois résonnent sous la voûte, emportant vers les cieux la prière des fidèles.
A la fin de la messe, plusieurs personnes viennent vers moi et me questionnent en Chinois, je réponds en toute simplicité en Français que je ne les comprend pas ! Puis une dame parlant anglais arrive, et me demande d’où je viens, qui je suis, etc… Invitation à boire un thé, dans une pièce ouverte à tous les vents et au froid. Je n’ai jamais autant pensé à l’expression de mon grand-père « Ferme la porte, il fait froid dehors ! ». J’aide cette dame pour des histoires administratives liées à la fondation de l’église et qui nécessite un contact avec la France, la providence ? S’ensuit une invitation pour le déjeuner, dans la joie, les rires, les chants… Excellent déjeuner local, avec une nourriture typique du Yunnan, bien loin de ce que vous pouvez trouver dans les restaurants « chinois » en France. Variété importante de légumes, féculents, viandes… Je me refais une santé puisque mes hôtes ne manquent pas de me m’inciter fortement à me resservir, ce que je fais avec joie tant c’est bon. L’alcool de riz coule à flots, ainsi que celui de maïs, servis directement depuis un jerrican… Voilà une denrée dont ils ne manqueront pas !



De fil en aiguilles, mes nouveaux amis m’expliquent qu’ils seraient très honorés que je reste le soir pour dîner avec eux, et avec le P. Tao – qui parle français – pour le rencontrer, etc… J’accepte donc l’invitation, et verrai bien mon jour d’arrivée à Dimaluo pour Noël, de toute façon après la sortie de table il est un peu tard pour partir. Je laisse donc les locaux pour visiter la veille ville de Dali, admirablement bien conservée, sans gratte-ciel ou autres affreux bâtiments. Ces derniers se trouvent tout simplement à 12km au sud, dans la nouvelle ville sortie de presque nulle part il y a une dizaine d’années…
Les maisons traditionnelles chinoises sont splendides et donnent un cachet certain à cette ville, tapie à l’ombre des montagnes voisines. Le sommet culmine à plus de 4000m là, juste derrière. De quoi donner le vertige, nous sommes déjà à 2000m.



Le soleil donne et c’est presque en t-shirt que j’arpente le marché, déambule dans les ruelles, traverse les anciennes portes fortifiées aux murs imposants (8m d’épaisseur !), vagabonde dans la cité au gré des animations. Ici des marchants ambulants, là des boulangers pétrissant le pain d’ici au rythme d’un zouk / techno local… Je flâne pour humer l’ambiance de cette ville – touristique certes – mais où l’hautenticité reste réelle. Avec ce ciel bleu, le soleil éclatant et les touristes qui visitent, j’imagine en fermant les yeux être à Paris un jour de mars, lorsque le froid s’adoucit et le soleil donne.
17h30, il est temps de retourner à l’église, je dois m’occuper du dessert, nationalité Française oblige. Ma présence au dîner a amené du monde et nous serons près d’une quinzaine à table ; il s’agit donc de ne pas se rater. J’ai choisi les crêpes, n’ayant que peu d’ingrédients à ma disposition et des moyens de cuisson limités. Je joue donc au professeur avec des étudiantes, au début toutes intimidées à l’idée de retourner les crêpes et qui au fur et à mesure ont pris de l’assurance au point de me demander la recette pour en refaire plus tard !
Nous passons à table, et toute l’équipe paroissiale en fin de compte, est là. Encore un succulent repas, où nous rions de bon cœur. Le Père m’explique la situation de la paroisse, et je saisis un peu mieux le quotidien de ces frères dans la Foi.
La nuit est tombée depuis bien longtemps lorsque je rentre me coucher, une soirée inoubliable avec des personnes rencontrées quelques heures avant, je suis comblé.


S’ensuite 4 jours de vélo pour rejoindre Dimaluo, sur des routes fabuleuses. Quelques cols à passer, 2000, 2600 m, et toujours cet étonnement lorsque je m’arrête quelque part, semblable à celui que pourrait avoir un humain se promenant avec E T dans son panier de bicyclette. La Salouen est une rivière splendide, à la couleur vert émeraude qui resplendit avec le soleil, et que la route absolument non linéaire rend extrêmement plaisante à parcourir. Un soir, voulant planter ma tente mais ne réussissant jamais à trouver un endroit (le moindre mètre carré plat est cultivé, ce qui rend le camping très difficile), je me résigne à prendre une guest house dans la ville qui arrive. Par chance alors que je suis sur le point de payer un hôtel trop cher selon mes critères (je n’ai pas besoin du meilleur possible !), un couple arrive et parle anglais, me proposant leur aide ! Ils ne vont pas seulement m’aider pour planter ma tente, mais m’emmener vers le bureau du Parti Communiste local. Le chef est un de leurs copains et il va tout simplement me payer un hôtel aux frais du parti ! Les bonnes surprises n’allant jamais seules, c’est ensuite un camionneur qui, dînant à la table d’à coté, m’invite et me propose même de venir avec lui jusqu’à Gongshan – ville objectif pour moi – mais je préfère pédaler.

Après une arrivée dans la ville de Gongshan, en bord de Salouen, j’y laisse mon vélo et une partie de mes affaires pour rejoindre en voiture Dimaluo, où je passerai Noël. Village au fond d’une vallée, dans un écrin créé par la Nature, il semble difficile de le quitter tant c’est beau.
Je ne suis arrivé que depuis une heure, quand le P. Jean – francophile très averti – arrive et me propose de monter visiter un village et prier avec eux. J’accepte avec joie, et enfourche la moto qu’il me désigne, pour le suivre dans la nuit sur des pentes aux dénivelés hallucinants. Affublé de son chapeau, de ses guêtres de motard et au son du rock’n roll sortant de son autoradio, j’ai devant moi un cow-boy sur un cheval de fer, un pasteur détonnant !
Pendant 4 jours il va être mon guide et m’emmener dans des endroits splendides, pour me faire vivre un Noël inoubliable…

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