Bienvenue en Chine

Depuis Dimaluo

L’Empire du milieu, puissance majeure depuis des milliers d’années, m’y voilà désormais. Un passage de frontière sans histoire, le vélo ne les perturbe pas tant que cela, ce pays n’a découvert la voiture que tardivement, heureux suis-je car les autorités n’aiment pas vraiment les voyageurs indépendants tels que moi.
En revanche première déconvenue en voulant prendre le train. Pas de place pour le vélo, et autant le premier employé était complaisant et voyant la possibilité de le démonter, me fit signe d’entrer dans la gare, autant son chef lui ne voulait pas s’embêter et refusa net. Négociation mais impossible de changer d’avis. Pourtant d’autres cyclistes ont pris ce train avant moi avec leur vélo… Les premiers pas en Chine commencent bien, et pour ne rien arranger, la pluie s’invite dans la danse.
Je me dirige vers la gare routière de Hekou, où il est possible à priori de mettre le vélo en soute. Possible mais avec beaucoup de mauvaise volonté de la part du chauffeur et qui demande un bakchich qui ira directement dans sa poche. Je ne m’en tire pas trop mal mais le procédé m’exaspère.
Le paysage est peu passionnant et les 5 heures de bus sur une autoroute me rassurent dans mon choix de ne pas pédaler ces kilomètres. Il y aura d’autres paysages plus sympathiques et beaux à parcourir.

Arrivé à Kunming sous la grisaille, la ville est plutôt horrible, un alignement d’immeubles plus ou moins achevés, plus ou moins remplis. Urbanisation galopante de cette agglomération moyenne, de 8 millions d’habitants. La taille de cette dernière, de l’ordre de la région parisienne, en dit long sur le gigantisme de ce pays. Inconnue en France, il y a une cinquantaine de villes de cet ordre de taille en Chine… Un bon point néanmoins, la municipalité y a interdit les motos, ce qui fait que les seules (et néanmoins très nombreuses) qui circulent sont électriques. Les klaxons du Vietnam n’ont eux, pas disparu. Assez pénible de se faire klaxonner à tout bout de champs, pour un oui ou pour un non, y compris lorsqu’il n’y a absolument pas lieu de le faire ! Ce ne sont pas les panneaux d’interdiction d’utilisation de ces avertisseurs sonores qui refroidit les velléités des motards.

Mon hôte trouvé par mon ami Balthazar ne répond pas, je me rabats sur une guesthouse, impossible de camper en plein cœur de Kunming. Une bonne nuit réparatrice dans ce repaire à routard plus tard, je m’équipe d’une carte SIM locale non sans difficultés, puis pars dans différents magasins de vélo pour offrir une remise à niveau à ce cher mange-poussière. La nonchalance des vendeurs du premier, absolument pas intéressés par un cycliste comme moi, me laisse pantois. Ils ne cherchent que des personnes voulant un vélo prêt à rouler, et surtout prêtes à payer cher une remise en état. Pas vraiment mon cas.

Heureusement Jean-Pierre, cycliste averti, va m’aider. Habitant à Kunming depuis 6 ans, il maîtrise quelques rudiments de Chinois, et surtout connaît les bonnes adresses. Nous laissons donc dans un magasin mon vélo, après avoir trouvé un pneu de la bonne taille (oui le prochain bike trip je prendrai du 26 pouces, mais d’abord je rentre !) avec beaucoup de difficultés. Je donne mes instructions, et reviens 2 heures plus tard, après avoir accompagné JP à plusieurs rdv qu’il avait. Le mécano, sympathique, m’a prêté un vélo, ce qui est fort pratique dans cette ville. En revenant à l’heure dite, stupéfaction de voir le vélo presque entièrement désossé ! J’avais demandé un check-up et un nettoyage mais certainement pas cela. La cassette est démontée, tout comme le pédalier… Au final cela vaut le coût vu la somme demandé, et me sera bien utile, il manquait de la graisse à peu près partout. Décidément, Pro bike Bangkok n’a de pro que le nom ! Après que le mécano ait taillé sur mesure à la meuleuse des plaquettes de frein de rechange (non standard semble-t-il), et remonté les cale-pieds dans le bon sens, je peux repartir ! Beaucoup de boulot nécessaire qui je l’espère sera suffisant pour quelques milliers de km. Reste à acheter quelques affaires un peu plus chaudes pour les montagnes qui m’attendent, ce qui est fait grâce à encore l’aide précieuse de JP.

La nuit est tombée, il faut déjeuner ou dîner – au choix – (nous n’avons pas eu le temps avec cette journée de fou !), puis voulant juste récupérer une carte de la région dans une GH, je tombe sur Michael, qui avec son amie, arrive tout droit de Paris avec son vélo. Forcément nous discutons pendant un long moment. Échanges de tuyaux, des bons plans sur la route, des trucs et astuces, des aspects techniques du vélo, des avantages & inconvénients des tailles de pneus… Ils se dirigent désormais vers Taiwan pour un temps de PVT. Belle rencontre par le hasard, et qui va bien m’aider pour la suite.
Il faut désormais se coucher, demain je cours un 12.5 km, JP m’ayant entrainé dedans. Tant pis pour la route vers Dali, je la ferai après.

Après le réveil, c’est à vélo que nous fonçons vers le départ de la course. Près de 12km à fond, Kunming est vraiment une grande agglomération. Cela met en jambes à 2000m d’altitude. Heureusement je n’ai pas de bagages et je me rends compte que l’on va nettement plus vite ainsi ! 🙂
Immense bazar au départ de la course, étonnement bien géré. La discipline des chinois est épatante, ici personne ne triche pour se mettre dans un sas élite ++ alors qu’il n’en a pas le niveau. Du coup le départ est assez fluide. En revanche rapidement mes jambes et mes poumons me rappellent que je n’ai pas couru réellement depuis un an. J’essaie péniblement d’allonger la foulée mais rien n’y fait, les jambes ne veulent pas, rageant. Je tiens au mental, pensant à tous ceux qui préparent le semi de Paris avec SOS Chrétiens d’Orient, et à tous les chrétiens qui souffrent de par le monde. Bon an mal en, je boucle les 12,5km en 58 minutes, rattrapant sur le fil un chinois que j’avais dans ma ligne de mire depuis quelques centaines de mètres. Une spéciale Victorette de toute beauté, conclue avec une foulée de Kenyan, le chinois médusé devant mon accélération digne de Békélé !
Remise de médaille, de boissons énergisantes (pour la première fois de ma vie j’ai trouvé ça pas si mauvais), puis photos finish avec JP et ses amis.

Déjeuner au soleil en terrasse dans un petit boui-boui et je file à la gare routière après avoir récupéré mes affaires. Une bien belle journée donc, si ce n’est que le chauffeur de bus me demande lui aussi un bakchich pour le vélo. Nous sommes 17 dans un bus de 50, les soutes sont vides, mais il veut prendre 100 Y dans sa poche. Rien n’y fait, il faut payer…
J’arrive enfin à Dali, où mon hôte Warmshower (un réseau social pour les cyclovoyageurs) m’attend, super gentil et attentionné pour que je ne manque de rien. Je ne fais pas long feu et me couche sans attendre, les pièces non chauffées mais avec un brasero au centre (spécificité chinoise, vous pensez que vous allez avoir chaud mais en fait non), incitant plus à filer sous sa couette qu’à rester à discuter.

Demain c’est le quatrième dimanche de l’Avent, et il y a une messe à Dali, j’espère y trouver une communauté chrétienne accueillante.

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