Béton, brouillard, gigantisme,industrie et luxe opulent – l’autre facette de la Chine.

Depuis Urumqï

La Chine a cette étonnante capacité de construire à toute vitesse, malheureusement souvent au détriment de la qualité, ce qui a régulièrement de tragiques conséquences.
C’est aussi le chic pour construire dans des endroits splendides, d’affreux bâtiments. Je l’avais entre-aperçu à Kunming, mais c’est en me rapprochant de Chengdu que je l’ai expérimenté. Le dernier col à 4200m fût pour moi le début de la fin ou presque. Après 1500m de descente (en dénivelé, pas en distance), j’arrive dans la vallée qui s’est peu à peu construite. Des montagnes magnifiques et à leurs pieds des barres d’immeubles de 30 étages à n’en plus finir et de nombreuses en construction. Quel gâchis !
Imaginez les cités de la Courneuve à Chamonix, vous aurez une vision assez proche de la réalité.
Et le pire étant que ces immeubles sont trop souvent à moitiés vides car les promoteurs ont beaucoup de mal à les louer / vendre. Mais ça ne semble pas réfréner leurs envies de construction ou plutôt destruction de la nature.
Ici lorsqu’un endroit est joli, on construit à toute vitesse des infrastructures permettant d’accueillir un tourisme de masse puissance 10 par rapport à ce que l’on connaît en europe.
Les vielles villes sont bien souvent rasées puis reconstruites – plus à même ainsi de répondre à la demande touristique – mais tout ce qui pouvait faire justement le charme et l’aspect pittoresques de ces centres-villes a laissé place à des hôtels / bars / restaurants… J’ai du mal à y voir l’intérêt si c’est pour retrouver la même chose que chez soi.
C’est ce qui m’est arrivé en voulant visiter la vieille ville de Shangli après avoir posé ma demande d’extension de visa. Une ville sans âme ou plutôt dévouée corps et âme au tourisme organisé.
Car les touristes chinois veulent surtout montrer qu’ils sont allés à un endroit, « faire l’Europe en 5 jours » alors que j’estime encore mal connaître Paris après 23 années passées à y habiter, afin de dire à tout le monde qu’ils ont visité tel ou tel endroit. Rechercher une authenticité mais surtout sans renoncer à leurs habitudes…
La ville « Sino-Française » de Bailu où je me suis rendu pour visiter le séminaire de l’Annonciation en est un bon exemple. Vendu comme une ville typique Française, c’est surtout l’accumulation de clichés français à la sauce chinoise ! Mis à part à Disneyland je n’ai jamais vu une ville qui ressemblait à cela. Mais les touristes sont super heureux de venir dans cette ville « so french ».

L’autre aspect qui marque en Chine c’est la taille de toutes ces agglomérations. Kunming 8 millions d’habitants, Chengdu 16 millions, Urumqï 2 millions, Ya’an 100 000 habitants… En dessous ce n’est qu’un village qui n’est pas marqué sur les cartes.
Tout y est grand, standardisé, moderne, bétonné, gris et terne sauf les vitrines des magasins. Les locaux aiment ce qui est neuf et clinquant, le pittoresque est laissé aux grands romantiques Français ou Italiens. Tout se doit d’être grand, large, droit et sans bévue.
Vous avez donc des avenues à 2 fois 4 voies qui se croisent comme si vous descendiez depuis Montmartre la rue des martyres pour croiser le boulevard de Clichy. Les pistes cyclables font 3 mètres de large et sont praticables, usités dans les 2 sens par les scooters électriques qui font fi des sens de circulation.
J’ai roulé il y a quelques jours presque 30km dans la ville de Chengdu avec des immeubles, commerces, etc… tout autour de moi sans pour autant être dans le centre. Un peu comme si du Louvre à Versailles vous rouliez au milieu des tours de La Défense sur une avenue à 8 voies. Autre monde !

Les 2 jours passés à Chengdu m’ont vu parcourir 38 et 44 km à vélo dans la journée, simplement pour faire des courses & allers-retours entre différents endroits pas si éloignés que cela – à l’échelle de la Chine cela s’entend.
Il ne faudrait également surtout pas oublier de mentionner les dizaines de programmes immobiliers achevés ou en cours, de cités avec 4 à 5 milliers de personnes y habitant, comprenant des commerces et tout ce qu’il faut pour vivre. Les tours poussent comme des champignons mais demeurent désespérément vides. Je ne suis pas expert en économie de l’immobilier mais si c’est ainsi à l’échelle de la Chine cela pourrait poser problème en cas de crise.
Parfois au milieu de nulle part, d’autres fois à un endroit où l’on se demande encore comment ils ont trouvé l’espace nécessaire à construire, ces tours à perte de vue sont impressionnantes.
Oui perte de vue à cause de la pollution ! Chengdu est une des villes si ce n’est la plus polluée au monde. Par conséquent une visibilité supérieure à 1500m est déjà une belle performance. Je n’ai pas fait de tests mais les français rencontrés m’expliquaient que le taux de particules était ici chaque jour 3 à 5 fois supérieur à ceux relevés épisodiquement à Paris lors des très grands pics de pollution… La topographie de cette grande plaine entourée de montagnes joue pour beaucoup, mais les premiers responsables sont les usines qui tournent à plein régime. Ici point de motos, les moteurs thermiques sont interdits pour les 2 roues ! Pléthore de scooters électriques plus ou moins puissants, les plus petits ressemblant plus à un jouet qu’à un moyen de locomotion, les plus gros ayant une sacré capacité d’accélération.
En revanche pour les voitures point de limite du moment que les taxes sont payées. L’importation de véhicules étrangers est très taxé en Chine, mais c’est un signe de réussite évident. Ainsi chaque chinois ayant quelques Yuan de côté voudra s’offrir une voiture étrangère.
Jamais je n’ai vu une telle concentration de berlines au kilomètre carré. Même Monaco risque d’avoir du mal à tenir la comparaison vu les volumes ici. Des Audi, Mercedes, BMW, Porsche de tous les modèles surtout les plus luxueux côtoient les Land Rover, Tesla et Maserati… Et bien souvent ce sont les grosses berlines des gammes les plus élevées qui sont prisées, pas les petits jouets qui semblent des karts à coté de ces mastodontes.
Le pire étant que les conducteurs semblent n’avoir presque jamais conduit auparavant, ou alors n’ont que faire de leurs congénères – au choix !

Bref, je quitte Chengdu par le train au pire moment pour voyager en Chine, le gouvernement ne laissant à mon grand regret pas assez de temps aux cyclistes pour traverser ce grand pays. Direction Urumqï, au Xinjiang, en 46 heures !
J’ai arraché miraculeusement un ticket de train, le dernier avant plus d’une semaine, certainement par la providence car il n’y en avait initialement plus de disponible. Enfin si mais en « hard seat », à 12 sur un banc durant 46h je ne serai pas arrivé entier ou alors fou à cause de ces chinois !

J’ai pu rencontrer une chouette communauté Française, bien loin des clichés d’expatriés que l’on peut avoir. Ici point de finance, de cabinets de conseils, la mer est loin et les 2000 expatriés sur 16 millions d’habitants pèsent peu.
Ils sont restaurateurs, investisseurs, ingénieurs, patrons de bars, directeur d’une école de français, chef, vendeur de vin… Tous sont un peu saltimbanque et ont le sens du challenge car il en faut pour venir à Chengdu ! Le bistrot « Amore Pizza » en est en quelques sortes le QG où l’on joue au poker le jeudi soir, mange une fondue le samedi avec les amis, et d’excellentes pizzas faites maison à toute heure. Le clou du spectacle ? Les desserts faits maisons à tomber par terre. Tiramisu, Opéra… Autant dire que j’en ai profité avec parcimonie – contrainte budgétaire oblige – mais beaucoup de joie !
Et puis un des patrons, Jean-Pierre, toujours joyeux et souvent là qui m’a fait connaître tous ces gens sympathiques ne manque pas de proposer ses excellents vins de petits producteurs qui font beaucoup de bien. Ah revoir du monde après quasiment 2 mois (de solitude mis à part au moment de Noël et du nouvel an, cela fait du bien au moral.
Ici on ne m’a pas prêté un canapé pour dormir mais ni plus ni moins qu’un appartement ! Jérôme, pourtant absent, n’a pas hésité lorsque Jean-Pierre lui a demandé un endroit pour m’héberger. Générosité lorsque tu nous tiens…
Autant la ville de Chengdu n’a que peu d’intérêt, autant les expatriés que j’y ai rencontré sont ceux avec lesquels je me suis senti le moins en décalage depuis mon départ de France. Venir se frotter à la Chine profonde cela façonne différemment que rester entre soi dans ces mégalopoles internationales.
Je vais retrouver les grands espaces au Xinjiang avant de passer au Kazakhstan d’ici une grande semaine, au revoir la Chine.

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