Arrivée en Ouzbékistan, les communautés chrétiennes sont bien présentes

Tashkent
02 avril 2017
4° dimanche de Carême

A Jalal-Abad, c’est à l’église Sainte Teresa de Calcutta que j’ai pu rencontrer la communauté catholique. Érigée il y a une dizaine d’années, l’église est un vrai lieu de vie où les enfants viennent pour jouer, se retrouver, lire.
Ô certes le nombre n’est pas très important, mais qu’importe. Ça n’est pas la quantité qui compte. Le Père Remigiuch m’accueille avec enthousiasme. Malgré le fait qu’il parle aussi bien anglais que moi russe nous arrivons à nous comprendre. Il faut dire que le Père Mihelcic – curé de Bishkek – l’avait averti de ma venue et expliqué les raisons. Cela facilite les choses !
Nous prions ensemble, et à la sortie de la messe de l’Annonciation le samedi, je rencontre Frau Lidia. Kirghize descendant d’Allemands déportés par Staline, née en Sibérie puis qui a été transférée avec ses frères et sœurs vers cette partie d’Ouzbékistan, dans la région de Osh.
J’ai l’occasion d’y pratiquer mon allemand, resté dans un placard depuis de longues années (désolé pour mes profs d’allemand !), finalement pas si rouillé que cela. Bon ça n’est pas folichon mais je comprends plutôt bien, la difficulté étant de parler. Le vocabulaire m’échappe, une bonne raison de se remettre à l’allemand ?
Frau Lidia me raconte les conditions de vie dans les années 50, sous la domination soviétique. Il ne faisait pas bon être chrétien ici, prétexte aux brimades de la police et autorités administratives pour tourmenter cette communauté.
Encore aujourd’hui la prudence est de mise, il vaut mieux ne pas trainer trop tard dans certains quartiers de Jalal abad lorsque vous êtes russophone ou germanique. Fort heureusement je n’aurai jamais ressenti la moindre crainte durant ces 2 jours à Jalal Abad.

Une bien belle rencontre inattendue donc, comme toujours depuis le début de cette épopée à vélo.
Le lendemain, dimanche dernier donc, après la messe de 11h où l’assistance est réduite, composée principalement d’enfants, le père Remigiuch m’aide à charger mon vélo sur le toit de la voiture paroissiale. Direction Och, à une centaine de kilomètres, le long de la frontière ouzbèke. Après les montagnes, me voici désormais dans la campagne verdoyante où paissent moutons et vaches. L’étape pour arriver à Jalal-Abad fût épique et a eu raison de mes chambres à air, usées jusqu’à la corde. 4 crevaisons en 15 km, et une moyenne en chûte libre. N’ayant plus rien en secours pour arriver jusqu’à Och, je termine l’étape en camion-stop – sport national que je pratique avec un niveau correct, handicap vélo – mais le premier camion tombe en panne à une trentaine de km de l’arrivée ! Pas de chance et j’abandonna donc mon chauffeur Dima pour un autre qui s’était arrêté.
De ce fait, il ne me restait qu’à suivre le même chemin jusqu’à Osh où j’achèterai de nouvelles chambres à air, mais le père s’y rendant pour célébrer la messe me propose de m’emmener. Je saisis donc l’opportunité, et ce saut de puce me permet également de découvrir la chapelle Sainte Teresa de Calcutta, à Osh. C’est pour l’instant une simple maison où une pièce a été aménagée en chapelle. Point de clocher, de voûte avec arc-boutants, de pierres sculptées. Mais un autel avec au mur, un tabernacle. L’essentiel est là, un chemin de croix au mur, l’icône de la vierge sur un côté, le crucifix de l’autre. Et c’est tout.
Nous sommes 5 adultes (dont le père et moi-même) et 2 enfants, assemblée pourtant fervente mais qui pose des questions. Pourquoi se déplacer pour si peu de monde ? Et bien comme lorsque Abraham négocie avec le Seigneur de ne pas détruire la ville de Sodome s’il trouve 100 justes, puis 50, puis 10 ; s’il n’y en avait qu’un seul, le chrétien de Osh mériterait d’avoir un ministre du Christ qui se déplace pour célébrer la Messe. Ça n’est pas le nombre de fidèles qui fait l’importance.

A Osh je suis accueilli par Eduard, espagnol travaillant pour l’ONU. Enfin accueilli, mais sans qu’il soit là ! En déplacement à Bishkek, il me laisse son appartement pendant son absence, très aimable à lui ! Nous déjeunerons ensemble le jour de mon départ vers l’Ouzbékistan, ayant à trouver ces fameuses chambres à air au préalable. Le bazar d’Osh est véritablement un amoncellement de tout ce que vous pouvez imaginer. Les épices côtoient les pantalons, le pain les côtes de bœuf, les bonnets les savons et shampoings… bref c’est le bazar ! Et au milieu de cela des quincaillers qui vendent à peu près tout ce qui est imaginable pour construire une maison, réparer une 4L, un vélo. Je trouve mon bonheur, enfin presque. Ça n’est pas exactement la taille de mes pneus mais devrait faire avec. De toute façon il faudra m’en contenter.

Franchissant plutôt facilement la frontière avec l’Ouzbékistan, je suis frappé par le nombre de personnes me saluant. Il ne se passe pas 2 minutes sans qu’un camion, une voiture, un passant, un enfant, un vieillard me fasse un signe de la main. Un sens de l’accueil bienvenue qui est toujours agréable. Arrivant en soirée à Andijan, je sors de la ville pour planter ma tente quand voulant ravitailler en eau dans un restaurant de routiers, ces derniers s’attroupent près de mon vélo. Je suis l’objet de nombreuses questions auxquelles je m’efforce de répondre du mieux que je puisse. Impossible de planter ma « palantki » ce soir, et c’est Aziz qui aura l’honneur de m’accueillir dans son camion. Je dépose le vélo dans la remorque à l’arrière, puis après un bon dîner offert par ces chers camionneurs, vais me coucher dans la bannette située à l’arrière du camion. L’hospitalité ouzbèke que l’on m’avait vantée est bien là !
Le lendemain la route est simple : 120km tout droit jusqu’à Kokand, ville étape de la route de la soie et où il reste encore quelques vestiges de cette époque. La vallée de Ferghana a malheureusement été bien abîmée par le passage soviétique au siècle dernier. Les voitures surchargées, les camions, les passants, tous me saluent, me font signe de m’arrêter… Il va être difficile d’avancer si je m’arrête systématiquement.
Kokand ne m’a pas charmé, les monuments sont finalement assez décevants.
Éternel dilemme de s’attendre à trouver des endroits dans un état qui n’est plus depuis des années, le monde change ! Bercé par les récits de Kessel ou d’Ella Maillard, les milles et unes nuits ne sont plus. Enfin ici.

La route vers Tashkent est splendide, à travers la plaine de Ferghana puis s’élevant jusqu’au col de Kamchib à 2160m d’altitude. Serpentant au milieu de montagnes arides, mais où la neige résiste, la montée est agrémentée d’encouragements par les ouvriers travaillant sur la route, et de coups de klaxons de camions visiblement peu enclins à partager la route avec un cycliste. Au col je suis à quelques kilomètres du Tadjikistan et du Kirghizistan à nouveau. Les géographes soviétiques ont vraiment partitionné cet endroit d’une drôle de manière. Une descente vertigineuse plus tard, vent de face – ce qui oblige à pédaler comme un fou pour avancer – qui soulève la poussière et vous repeins, j’atteins la vallée.
Impossible de trouver un endroit où planter ma tente et je demande l’hospitalité, encore une fois largement accordée. Cela change de la Chine assurément !

Tashkent, ville moderne, modèle d’urbanisme, favorite de Moscou, jouit d’un modernisme à faire pâlir ses capitales voisines. Grandes allées, bâtiments en bon état, il semble y faire bon vivre.
J’arrive directement devant la Cathédrale du Sacré Cœur de Jésus, appelée également église Polonaise car construite par les immigrés polonais au cours du XX° siècle.
C’est ici que je passerai Pâques, mais cela sera sujet à un autre article. L’an dernier il y a eu 4 heures de vigile Pascale, peut-être que j’aurai droit à seulement 3h cette année ?!
La communauté catholique semble dynamique, avec la messe en pas moins de 4 langues : Russe, Polonais, Anglais, et Coréen.
Je peux donc assister à la messe en anglais, langue nettement plus adaptée pour moi que le russe et permettant de suivre la liturgie. Une vingtaine de fidèles, venant de tous horizons. Cette paroisse est à l’image de cette ville multi-séculaire de Tashkent : cosmopolite et lieu d’échange. A la fin de la messe, nous prions le chemin de croix avec les soeurs de mère Teresa qui sont présentes depuis une vingtaine d’années ici.
Le timing ne s’y prêtant malheureusement pas, je ne peux échanger avec le Père ou les soeurs plus que quelques minutes. Nous nous donnons rendez-vous d’ici quinze jours pour Pâques, qui promet d’être un moment très fort !
Les Soeurs, anglophones, sont toutes joyeuses de savoir que je vais retourner à Tashkent pour Pâques, et heureuses de partager ce moment avec moi.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *